Du Bellay

Les Regrets, 1558



Si tu m’en crois, Baïf, tu changeras Parnasse
Au palais de Paris, Hélicon au parquet,
Ton laurier en un sac, et ta lyre au caquet
De ceux qui, pour serrer, la main n’ont jamais lasse.
 
C’est à ce métier-là que les biens on amasse,
Non à celui des vers, où moins y a d’acquêt
Qu’au métier d’un bouffon ou celui d’un naquet.
Fi du plaisir, Baïf, qui sans profit se passe.
 
Laissons donc, je te pri, ces babillardes sœurs,
Ce causeur Apollon, et ces vaines douceurs,
Qui pour tout leur trésor n’ont que des lauriers verts.
 
Aux choses de profit, ou celles qui font rire,
Les grands ont aujourd’hui les oreilles de cire,
Mais ils les ont de fer pour écouter les vers.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 5 décembre 2021 à 12h37

Monstre amusant
-----------

À l"école, j’étais le bouffon de ma classe,
À de graves sujets mon rire s’attaquait ;
Notre maître indulgent parfois me répliquait
Sachez qu’il s’en fallait pour que je l’égalasse.

Puis je fis un métier, dans une bonne place,
À mes obligations sagement je vaquais ;
Mais j’étais amuseur, je n’étais point laquais,
Mon équipe, d’ailleurs, n’en était jamais lasse.

Je ne me pris jamais pour un docte penseur,
Ni ne me crus subtil, comme sont les danseurs,
J’accomplissais plutôt la tâche d’un trouvère.

Tel fut mon jeune temps, tels sont mes souvenirs,
J’y repense le soir avant de m’endormir ;
Mon destin de vieillard n’est pas non plus sévère.

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Déposé par Jadis le 7 décembre 2021 à 07h58


Voici que reparaît cette grosse nigaude (1)
Alors que je lisais le Journal de Mickey.
Mais alors, ce coup-ci, c’est vraiment le bouquet :
Je sens que l’on n’est pas sortis de la mélasse.

Elle prétend, avec une horrible grimace,
Que jamais du métro elle n’atteint les quais,
Car elle ne peut plus franchir les tourniquets,
Et trouve que son boule occupe trop d’espace.
 
Que ne renonce-t-elle à prendre l’ascenseur ?
Non, elle a opté pour le régime minceur
Et veut être effilée comme un haricot vert.

Quelle aberration, c’est à mourir de rire !
Mais là, je ne ris plus, c’est trop, je vais l’occire :
Quand j’entends « slenderness », je sors mon revolver.


(1) Pour améliorer la similitude de la rime, on cherchera un substantif féminin finissant en -nasse.

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