Du Bellay

L’Olive, 1550



Déjà la nuit en son parc amassait
Un grand troupeau d’étoiles vagabondes,
Et pour entrer aux cavernes profondes
Fuyant le jour, ses noirs chevaux chassait ;
 
Déjà le ciel aux Indes rougissait,
Et l’Aube encor de ses tresses tant blondes
Faisant grêler mille perlettes rondes,
De ses thésors les prés enrichissait ;
 
Quand d’Occident, comme une étoile vive,
Je vis sortir dessus ta verte rive,
Ô fleuve mien ! une Nymphe en riant.
 
Alors voyant cette nouvelle Aurore,
Le jour honteux d’un double teint colore
Et l’Angevin et l’Indique orient.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 25 mai 2013 à 10h27


Un vieux poète en son crâne amassait
Un grand troupeau de rimes vagabondes,
Et, se perdant en rêveries profondes,
Au long du soir, les chimères chassait.

Dans le foyer, la braise rougissait ;
Au fond du verre, un peu de bière blonde.
Quelques oiseaux gazouillaient à la ronde,
Et le papier de vers s’enrichissait.

Près du canal, comme une flèche vive,
Une mouette a, survolant les deux rives,
Surgi du ciel, par surprise, en riant.

Cet oiseau blanc dans la nouvelle aurore
Fait que le jour de plaisir se colore
Et d’un sourire apporté d’Orient.

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Déposé par Cochonfucius le 5 juillet 2018 à 20h35

Au Moulin Rouge
---------------

Au Moulin Rouge un  meunier amassait
Plusieurs millions de graines vagabondes,
Et, transporté par une joie profonde,
En son grenier tout le jour les classait.

Dans le couchant, le moulin rougissait ;
L’homme parlait avec les graines blondes.
Quelques rongeurs circulaient à la ronde,
Et le moulin de grains s’enrichissait.

Loin dans les airs, comme une flèche vive,
Une hirondelle a survolé la rive
De la Garonne, au soir, en souriant.

Puis elle dort jusqu’à la fraîche aurore,
Quand le moulin de rose se colore
Comme les fruits qu’on trouve en Orient.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Jadis le 20 février 2020 à 16h07


Le soir funèbre et grave dispersait
Ses derniers feux aux quatre coins du monde,
Et sa rumeur fluctuante et profonde
Avec la Terre à mi-voix conversait.

Dans les guérets confus ne paraissait        
Aucune bête, et nul homme à la ronde ;
Le jour fuyait, seconde après seconde,
Et moi, transi, perdu, je rêvassais.

La grande voix sauvage et primitive
Effarouchait les brumes fugitives
Parmi les fûts des hêtres oscillants.

Ici ou là, un éclat de phosphore
Frottait les cieux, et je me remémore
Le bras dressé d’Orion scintillant.

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