Du Bellay

Les Regrets, 1558



Cependant que tu dis ta Cassandre divine,
Les louanges du roi, et l’héritier d’Hector,
Et ce Montmorency, notre français Nestor,
Et que de sa faveur Henri t’estime digne :
 
Je me promène seul sur la rive latine,
La France regrettant, et regrettant encor
Mes antiques amis, mon plus riche trésor,
Et le plaisant séjour de ma terre angevine.
 
Je regrette les bois, et les champs blondissants,
Les vignes, les jardins, et les prés verdissants
Que mon fleuve traverse : ici pour récompense
 
Ne voyant que l’orgueil de ces monceaux pierreux,
Où me tient attaché d’un espoir malheureux
Ce que possède moins celui qui plus y pense.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 1er mars 2015 à 11h22

Inspiration fugitive
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Le rhapsode, captant la lumière divine
En songe, en a rempli son godet à ras bord ;
Tel un pêcheur tirant, du torrent fier et fort,
Les diamants qui feront sourire les ondines,

Ou le navigateur, sous sa voile latine,
Jusqu’au vaste estuaire accomplissant l’effort
Qui lui fait regagner, chargé de son trésor,
Les jardins familiers de la rive angevine.

Mais que restera-t-il, dans le jour finissant,
De ce soudain plaisir, de l’espoir languissant
Qui, chaque jour, se veut sa propre récompense ?

Rien, ces deux ou trois mots, cet ouvrage léger
Qui traduit, malhabile, un émoi passager ;
La faible vibration d’une plume qui pense.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 16 octobre 2016 à 17h35

Ambilibellule
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Une ambilibellule est d’essence divine ;
Et le nectar, pour elle, est servi à ras bord ;
Nul archange des cieux n’est plus fier ni plus fort
Que cet insecte ailé, qui charme les ondines.

Elle maîtrise bien la grammaire latine,
Paraphrasant Virgile et Phèdre sans effort ;
Son antre souterrain regorge de trésors,
Quelle-même a creusé dans la rive angevine.

Elle aime à réciter, dans le jour finissant,
D’un rhapsode inconnu, les sonnets languissants,
Sans réclamer pour ça la moindre récompense.

Depuis quatre mille ans, cet animal léger
Est, au-dessus des eaux, des brises passager,
Et c’est, dans tout son corps, la nature qui pense.

[Lien vers ce commentaire]

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