Baudelaire


Incompatibilité


 
Tout là-haut, tout là-haut, loin de la route sûre,
Des fermes, des vallons, par delà les coteaux,
Par delà les forêts, les tapis de verdure,
Loin des derniers gazons foulés par les troupeaux,
 
On rencontre un lac sombre encaissé dans l’abîme
Que forment quelques pics désolés et neigeux ;
L’eau, nuit et jour, y dort dans un repos sublime,
Et n’interrompt jamais son silence orageux.
 
Dans ce morne désert, à l’oreille incertaine
Arrivent par moments des bruits faibles et longs,
Et des échos plus morts que la cloche lointaine
D’une vache qui paît aux penchants des vallons.
 
Sur ces monts où le vent efface tout vestige,
Ces glaciers pailletés qu’allume le soleil,
Sur ces rochers altiers où guette le vertige,
Dans ce lac où le soir mire son teint vermeil,
 
Sous mes pieds, sur ma tête et partout, le silence,
Le silence qui fait qu’on voudrait se sauver,
Le silence éternel et la montagne immense,
Car l’air est immobile et tout semble rêver.
 
On dirait que le ciel, en cette solitude,
Se contemple dans l’onde, et que ces monts, là-bas,
Écoutent, recueillis, dans leur grave attitude,
Un mystère divin que l’homme n’entend pas.
 
Et lorsque par hasard une nuée errante
Assombrit dans son vol le lac silencieux,
On croirait voir la robe ou l’ombre transparente
D’un esprit qui voyage et passe dans les cieux.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 28 juin 2015 à 11h09

Boeufs de sable
--------------------

Nous suivons la route sûre,
Longeant vallons et coteaux ;
Entre des murs de verdure
Va notre vaillant troupeau.

Le coq d’or franchit l’abîme
En se montant courageux ;
Le transporte un roi sublime
Dans un azur orageux.

Nous suivons la voie certaine
Sans trouver le chemin long ;
Vers une étable lointaine,
Parmi coteaux et vallons.

Nous sommes la troupe errante
Des grands boeufs silencieux ;
Notre route est transparente,
Comme les routes des cieux.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 28 juin 2015 à 11h27

Deuxième vers du deuxième couplet

"se montrant"

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