Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


Harmonie du Soir


 
Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
 
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.
 
Le violon frémit comme un cœur qu’on afflige,
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.
 
Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige...
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 14 février 2013 à 10h56

L’amour est une fleur dont la vie est la tige,
Nos poèmes ne sont que vapeurs d’encensoirs ;
La fin est assombrie par la venue du soir,
Puis survient, dans la nuit, un semblant de vertige.

Nos poèmes ne sont que vapeurs d’encensoirs ;
Au plus profond des bois le son du cor s’afflige,
Puis survient, dans la nuit, un semblant de vertige,
Pour l’âme solitaire éternel reposoir

Au plus profond des bois le son du cor s’afflige,
Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
Pour l’âme solitaire éternel reposoir ;
Le café refroidi au fond du bol se fige.

Peut-on illuminer un ciel bourbeux et noir ?
De ce soir envoûtant je n’ai pas de vestige.
Le café refroidi au fond du bol se fige,
Le fils du charpentier dort dans son ostensoir.

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