Théodore de Banville

Sonnailles et Clochettes, 1890


Tristesse


 
Au temps où vont naître les roses,
Puisqu’il est des heures moroses
Même pour les fils d’Apollon,
Pleure, pleure, mon violon.
 
Jadis, turbulent comme un faune,
Je regardais le soleil jaune
Avec des yeux de jeune aiglon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
À présent, très ancien poëte,
Je n’ai plus du tout sur la tête
Ma chevelure d’Absalon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
Écartant la verte liane,
Je ne poursuis plus Viviane
Dans les bocages d’Avalon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
Dans le vaste azur, que de voiles !
Et comme c’est haut, les étoiles !
On n’y peut monter en ballon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
On fabrique, en cet âge insigne,
Du vin sans le fruit de la vigne,
Et la rose est pour le frelon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
La Muse, pauvresse éternelle,
Marche nue, et Polichinelle
A sur le dos trop de galon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
Délaissant Pierrot, Colombine
S’en va dévider sa bobine
Avec le seigneur Pantalon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
Quant à des figures de femmes
Peintes en de cruelles gammes,
Nous pourrons en voir au Salon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
Faut-il que la jeune Eurydice,
Pareille au lys blanc, resplendisse ?
Le serpent lui mord le talon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
Le Maître, en vain, par sa tendresse
Dompte la fureur vengeresse
De la mer et de l’aquilon. —
Pleure, pleure, mon violon.
 
Tandis que parle sa voix douce,
Un Judas à la barbe rousse
Lui donne son baiser félon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
Tel qui cherchait dans la mêlée
Roland, crinière échevelée,
S’arrête, en voyant Ganelon.
Pleure, pleure, mon violon.
 
Mais qu’importe ! une échelle grimpe
Jusqu’au mystérieux Olympe:
J’en vois le premier échelon. —
Pleure, pleure, mon violon.
 
Et je veux encor, sous la nue
À qui j’offre ma tête nue,
Errer dans le sacré vallon.
Pleure, pleure, mon violon.
 

16 avril 1889.

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