Théodore de Banville

Les Princesses, 1874


Ariane


 

Et Dionysos aux cheveux d’or épousa la blonde Ariadnè, fille de Minos, et il l’épousa dans la fleur de la jeunesse, et le Kroniôn la mit à l’abri de la vieillesse et la fit Immortelle.
Hesiode, Théogonie. Trad. Leconte de Lisle.


Dans Naxos, où les fleurs ouvrent leurs grands calices
Et que la douce mer baise avec des sanglots,
Dans l’île fortunée, enchantement des flots,
Le divin Iacchos apporte ses délices.
 
Entouré des lions, des panthères, des lices,
Le Dieu songe, les yeux voilés et demi-clos ;
Les Thyades au loin charment les verts îlots
Et de ses raisins noirs ornent leurs cheveux lisses.
 
Assise sur un tigre amené d’Orient,
Ariane triomphe, indolente, et riant
Aux lieux même où pleura son amour méprisée.
 
Elle va, nue et folle et les cheveux épars,
Et, songeant comme en rêve à son vainqueur Thésée,
Admire la douceur des fauves léopards.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 7 juin 2014 à 12h17

Transsubstantiation
---------------------------

Le fils du charpentier se tient dans son calice,
Ressemblant à ce vin qu’il fit avec de l’eau.
Églises par millions, quel gigantesque flot
De présence liquide, objet de nos délices !

Satan, depuis longtemps, ne monte plus en lice ;
Le dimanche, il sommeille en un vieux jardin clos,
Tout content, ce jour-là, d’échapper au boulot,
Et les heures sur lui, comme du bon vin, glissent.

Le démon et le dieu importés d’Orient,
Chacun sur son terrain, pensent en souriant
Aux temps où la magie était si fort prisée.

Tous les deux, rassemblant leurs souvenirs épars
En concluent, de façon quelque peu malaisée,
Que le sens du sacré s’est perdu, quelque part.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 21 août 2017 à 21h16

Prêtre vagabond
---------------

Dans sa lourde musette, il transporte un calice,
Du bon vin dans sa gourde, une bouteille d’eau,
Quatre livres de poche et quelques bibelots ;
Et puis du chocolat, pour lui c’est un délice.

Un diable exorcisé, devenu son complice,
Boit avec lui le soir en un vieux jardin clos ;
Au matin, quand les gens s’en vont à leur boulot,
Ces deux errants s’en vont vers les cieux qui pâlissent.

Quand le soleil, plus tard, s’élève à l’Orient,
Le prêtre et le démon pensent en souriant
Que l’espérance, en eux, ne sera pas brisée.

Tous les deux, poursuivant des nuages épars,
Arpentent des sommets la route malaisée,
Ils marchent à loisir, ils ne vont nulle part.

[Lien vers ce commentaire]

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