Jean Antoine de Baïf



Un jour, quand de l’hiver l’ennuyeuse froidure
S’attiédit, faisant place au printemps gracieux,
Lorsque tout rit aux champs et que les prés joyeux
Peignent de belles fleurs leur riante verdure ;
 
Près du Clain tortueux, sous une roche obscure,
Un doux somme ferma d’un doux lien mes yeux.
Voici, en mon dormant, une clarté des cieux
Venir l’ombre enflammer d’une lumière pure,
 
Voici venir des cieux, sous l’escorte d’Amour,
Neuf nymphes qu’on eût dit être toutes jumelles ;
En rond auprès de moi elles firent un tour ;
 
Quand l’une me tendant de myrthe un vert chapeau,
Me dit : « Chante d’amour d’autres chansons nouvelles,
Et tu pourras monter à notre saint coupeau ».
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 30 août 2015 à 11h35

Oiseaux d’inframonde
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Ici, point de chaleur, ni d’extrême froidure ;
Pas un herbage au sol, pas un nuage aux cieux,
Nul arbre, nulle fleur ne se montre à nos yeux,
L’inframonde n’est pas un havre de verdure.

Des oiseaux, cependant, dans l’atmosphère obscure,
Animent de leur vol les ombres de ces lieux ;
Et moi, j’aime leur chant qui jamais, jusqu’à Dieu,
Ne peut faire monter ses quelques notes pures.

Souvent leurs douces voix s’élèvent tour à tour,
Pour parler de labeur et pour parler d’amour,
Plus douces que le son de deux flûtes jumelles ;

Ils sont les troubadours de ce sombre château,
Si je l’ose, j’irai leur demander, bientôt,
De bien vouloir m’apprendre une chanson nouvelle.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 5 septembre 2024 à 12h16

Leçon du cor
-----------

Marcheur ne crains pas la froidure,
Car tu es chez toi sous les cieux,
Repose-toi, ferme les yeux,
Fais de beaux rêves de verdure.

Ma musique n’est pas obscure,
Elle est à sa place en ces lieux ;
Elle est la parole de Dieu,
Ou tout au moins, d’une âme pure.

Le cor interrompt son discours ;
Le marcheur reprend son parcours
Qui semble une errance éternelle.

Il s’approche d’un noir château,
Mais c’est une ruine, plutôt,
Où des vestiges s’amoncellent.

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