Joseph Autran

Sonnets capricieux, 1873


L’Échelle


 
Le père était né dans une humble étable,
Aussi pauvrement que l’enfant divin.
Il fit un commerce assez profitable
Qui changea bientôt son eau claire en vin.
 
Riche, il n’en fut pas pour cela plus vain ;
J’ajoute à regret : ni plus charitable ;
Et, toujours très-sobre au lit comme à table,
Hivers et printemps compta quatre-vingt.
 
Il meurt cependant, et le fils hérite :
Femmes et chevaux, accourez bien vite ;
Volons au tournoi du sort triomphant ! —
 
Cinq ou six saisons de plaisir prospère,
Cela passe vite, et remet l’enfant
Sur la même paille où naquit le père.
 

Commentaire(s)
Déposé par Cochonfucius le 29 avril 2015 à 14h05

Songe de sirène
-------------------

Trésor de sirène, es-tu véritable ?
Je te vois briller au fond du ravin ;
Souvent, d’un village, un plongeur s’en vint,
Croyant réussir un coup profitable.

Tous ces beaux objets, il les prit en vain.
Sirène farceuse et peu charitable,
Ton don d’illusion est bien redoutable ;
En sable se fond le métal divin.

Ainsi, le plongeur s’en va, les mains vides,
Ne comprenant pas la magie perfide,
Sa vue se troublant, son coeur se fendant.

Sirène des mers, tu n’es pas prospère,
Mais tu ris souvent (du moins, je l’espère)
Du naïf plongeur, éternel perdant.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 9 juillet 2017 à 13h26

Steppenwolf
----------------

Le loup de la steppe, un loup véritable,
Chasse sur la pente et dans le ravin ;
Au coeur de la steppe, un dahut s’en vint,
Un gibier pareil est-il profitable ?

Le dahut, peut-être, on le chasse en vain.
Animal farceur et peu charitable,
Son déséquilibre est bien redoutable ;
Je crois qu’il l’obtint par décret divin.

Or, le prédateur et sa panse vide
S’en vont maudissant le monstre perfide
Dont a retenti le cri discordant.

Camarade loup, tu n’es pas prospère ;
Auras-tu les proies que ton ventre espère ?
Ton coeur le demande au soleil ardent.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 6 octobre 2018 à 12h00

Sirène de sinople
--------------------

Sirène du lac, es-tu véritable ?
Ou te formes-tu des vapeurs du vin ?
Quand j’étais jeunot, vers moi tu t’en vins,
Un tel souvenir est inimitable.

Sur le bord du lac, je m’avance en vain,
La fin d’un beau songe est inévitable ;
Tu n’existais pas, c’est indubitable,
Ou tu disparus par décret divin.

Ainsi parlait un vieillard dans le vide,
Ne sachant pas si le temps est perfide ;
Un peu fatigué, digne cependant.

Or, ce vieux penseur, n’étant pas prospère,
Se sent dispensé (du moins, il l’espère)
Des jeux de hasard où l’on est perdant.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par La Musérante le 6 octobre 2018 à 14h04

Le génie avait écrit  ; ’c’est 1 des meilleurs que vous ayez composé ’-

Alors voici pour toi : je ne veux pas en améliorer la prosodie - pour en faire un sonnet parfait -
La perfection n’étant pas l’acharnement des humains -

La Dame du lac

Dis-moi pourquoi Muse tes yeux noyés dans l’onde ?
Ton cœur 1 gouffre d’ombre, ton corps armure vide
Tes pensées des piquants ton humeur pudibonde
Dis-moi Muse pourquoi ton silence impavide ?

- Avant d’avoir senti le ressac du désir
Pour avoir regardé dans le puits du savoir
Ceux que j’ai approché sans pour autant saisir
Le néant de l’amer et les thèses à échoir

Je n’ai pas refusé la pluie sur mes lèvres
L’horloge sans tic tac l’abîme qui enivre
La vie déferlante dans la nuit du matin

Le silence est ici sans tactique du temps
Car sourire à la vie est mortel châtiment
Déjà au lendemain de l’éveil d’1 chagrin__

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 6 octobre 2018 à 21h24

Voir aussi 12-11-2010

http://www.forum-metaphysique.com/t5897p20-aux-fils-d-hermes#173643

----------------------------------------
ainsi que


Se perdre en forêt       PdP 7-7-2013
------------------

Comme un homme égaré dans la forêt profonde,
Le poète au jardin est traversé d’effroi.
Tout n’est-il donc que leurre et tristesse en ce monde,
Qu’un acheminement vers le sépulcre froid ?

Vainement aux entours jetant des coups de sonde,
L’égaré ne sait plus comment sortir du bois.
Sur un même sentier sa trajectoire ronde
Le ramène toujours dans les mêmes endroits.

Mais une goutte d’eau quelquefois sur sa lèvre,
Le saut d’un écureuil, la gambade d’un lièvre,
Lui font aimer pourtant la piste, au petit jour.

Il est charmé surtout par l’apaisant silence
Dont est souvent saisi notre univers immense ;
Ce silence est prière au soleil des amours.

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Déposé par La Musérante le 19 octobre 2018 à 21h55

Muse dis-moi pourquoi ?

Je le refais ?

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