Apollinaire



Tu te souviens, Rousseau, du paysage astèque,
Des forêts où poussaient la mangue et l’ananas,
Des singes répandant tout le sang des pastèques
Et du blond empereur qu’on fusilla là-bas.
 
Les tableaux que tu peins, tu les vis au Mexique,
Un soleil rouge ornait le front des bananiers,
Et valeureux soldat, tu troquas ta tunique,
Contre le dolman bleu des braves douaniers.
 
Le malheur s’acharna sur ta progéniture
Tu perdis tes enfants et tes femmes aussi
Et te remarias avecque la peinture
Pour faire tes tableaux, enfants de ton esprit.
 
Nous sommes réunis pour célébrer ta gloire,
Ces vins qu’en ton honneur nous verse Picasso,
Buvons-les donc, puisque c’est l’heure de les boire
En criant tous en chœur : « Vive ! vive Rousseau ! »
 
Ô peintre glorieux de l’alme République
Ton nom est le drapeau des fiers Indépendants
Et dans le marbre blanc, issu du Pentélique,
On sculptera ta face, orgueil de notre temps.
 
Or sus ! que l’on se lève et qu’on choque les verres
Et que renaisse ici la française gaîté ;
Arrière noirs soucis, fuyez ô fronts sévères,
Je bois à mon Rousseau, je bois à sa santé !
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 15 janvier 2020 à 17h06


Personne n’est parfait, la belle enfant est tchèque,
Et je gage avec vous qu’elle dira tout bas
Quand je lui parlerai de la Pinacothèque :
‒ Quel est donc ce Kotek ? et ne comprendra pas.

Bon, alors ça c’est fait, je sais, elle est classique,
Ce n’est pas pour cela que je vais la renier ;
Je l’admets volontiers, je suis un peu cynique,
Je ne suis qu’un rimeur hâve et déguenillé.

Ô sourcilleux amis de la littérature,
Qui aimeriez un jour me voir désépaissi,
Souffrez qu’encore un peu, comme la confiture,
J’étale ici la lie de mon mauvais esprit.

Ne bâillez pas à vous décrocher la mâchoire,
Ne vous endormez pas bêtement, en sursaut.
Songez qu’un jour enfin resplendira la gloire
Comme un astre illumine un humble vermisseau.

D’ici là, haut les cœurs, vive la République !
Voilà que je reprends déjà le mors aux dents...
Si mes vers besogneux vous flanquent la colique,
Cherchez ailleurs la grâce et les neiges d’antan.

Le poème incongru de ce piètre trouvère,
Des vierges enjouées, l’ayant longtemps guetté,
Sur la grève marine un matin le trouvèrent :
Le flot, qui l’apporta, recule épouvanté.

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Déposé par Jadis le 16 janvier 2020 à 10h02

A la consternation générale, je me dois de rajouter ce

POST SCRIPTUM

Pour les bachi-bazouks et les cercopithèques
Aux réflexes tardifs, ou à l’esprit lambin,
Qui n’auraient pas saisi, pour la Pinacothèque :
Qu’ils se penchent alors sur l’Habitat urbain.

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Déposé par Jadis le 16 janvier 2020 à 10h04

bouzouks, pas bazouks. Bachi-bouzouks.

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