Apollinaire

Alcools, 1913


Clair de lune


 
Lune mellifluente aux lèvres des déments
Les vergers et les bourgs cette nuit sont gourmands
Les astres assez bien figurent les abeilles
De ce miel lumineux qui dégoutte des treilles
Car voici que tout doux et leur tombant du ciel
Chaque rayon de lune est un rayon de miel
Or caché je conçois la très douce aventure
J’ai peur du dard de feu de cette abeille Arcture
Qui posa dans mes mains des rayons décevants
Et prit son miel lunaire à la rose des vents
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 26 avril 2013 à 16h49



Emmené par Chagall aux villages déments,
J’y trouve un tamanoir invisible et gourmand.
Il traverse la nuit avec un bruit d’abeille
Et vole les tonneaux pleins du jus de la treille.

En vain je le pourchasse en explorant le ciel,
Je lui propose en vain mes tartines de miel ;
Il me fuit, il se cache, il part à l’aventure,
Il me force à courir le long de la toiture,

Jusqu’à ce qu’au matin, par un tour décevant,
L’étrange tamanoir se change en éléphant.

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Déposé par Christian le 26 avril 2013 à 19h36

J’ai habité jadis au milieu de déments
Dont les crânes sonnés par des médicaments
Logeaient, yeux ébahis, des colonies d’abeilles
Nourries, pour mieux rimer, de raisins « pures treilles ».
Un albatros humain toujours le nez au ciel
J’y connus : son cerveau faisait le meilleur miel.
Un jour je conterai toutes ces aventures
Dans des livr’ imprimés dans des manufactures.
En attendant je fais des rêves décevants,
Pleurant les jours de pluie, souffrant des nuits de vent...

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 18 septembre 2015 à 11h11

Vibrations apicoles
----------------------

Une reine concocte un apéro dément
Pour enivrer cinq cent mille insectes gourmands ;
Cette troupe joyeuse applaudit les abeilles
Et, frénétiquement, bourdonne dans les treilles.

La rumeur de la fête anime terre et ciel,
Le monde s’éclaircit dans une odeur de miel,
Ceux qui savent voler volent à l’aventure,
Ceux qui savent courir arpentent les toitures.

Vraiment, cet apéro ne fut pas décevant,
S’en souviennent la pluie, le soleil et le vent.

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Déposé par Christian le 11 décembre 2021 à 22h48

Version améliorée :

J’ai jadis habité au milieu de déments
Dont les crânes sonnés par les médicaments
Hébergeaient ébahis des colonies d’abeilles
Nourries pour mieux rimer au raisin « pure treille ».
Un albatros humain toujours le nez au ciel
J’y connus : son cerveau faisait leur meilleur miel !

Un jour je consignrai ces moultes zaventures
Dans des livre imprimés sur des dos de factures.
En attendant je fais des rêves décevants,
Pleurant les jours de pluie, souffrant des nuits de vent...

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Jadis le 12 décembre 2021 à 11h57


Je vaguais sur les bords du vieux pays normand ;
Le ciel manifestait des signaux alarmants.
Et en effet, voici que le vent se réveille,
Bouleverse la mer, et me siffle aux oreilles.
Le déluge se fit promptement torrentiel ;
Il tonnait comme dans le Livre d’Ezéchiel.
Tandis que l’ouragan arrachait les toitures,
Je bataillais en vain, cherchant la fermeture
Qui eût dû compléter mon maigre coupe-vent :
Car, distrait, j’avais mis le derrière devant.

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