Apollinaire

Calligrammes, 1918


À Nîmes


 

À Émile Léonard


Je me suis engagé sous le plus beau des cieux
Dans Nice la Marine au nom victorieux
 
Perdu parmi 900 conducteurs anonymes
je suis un charretier du neuf charroi de Nîmes
 
L’Amour dit Reste ici Mais là-bas les obus
Épousent ardemment et sans cesse les buts
 
J’attends que le printemps commande que s’en aille
Vers le nord glorieux l’intrépide bleusaille
 
Les 3 servants assis dodelinent leurs fronts
Où brillent leurs yeux clairs comme mes éperons
 
Un bel après-midi de garde à l’écurie
J’entends sonner les trompettes d’artillerie
 
J’admire la gaieté de ce détachement
Qui va rejoindre au front notre beau régiment
 
Le territorial se mange une salade
À l’anchois en parlant de sa femme malade
 
4 pointeurs fixaient les bulles des niveaux
Qui remuaient ainsi que les yeux des chevaux
 
Le bon chanteur Girault nous chante après 9 heures
Un grand air d’opéra toi l’écoutant tu pleures
 
Je flatte de la main le petit canon gris
Gris comme l’eau de Seine et je songe à Paris
 
Mais ce pâle blessé m’a dit à la cantine
Des obus dans la nuit la splendeur argentine
 
Je mâche lentement ma portion de bœuf
Je me promène seul le soir de 5 à 9
 
Je selle mon cheval nous battons la campagne
Je te salue au loin belle rose ô tour Magne
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 20 mai 2015 à 13h54

Nef dansante
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Petite nef d’argent sous le plus vif des cieux,
Vent du Nord et du Sud te poussent en tous lieux ;
Contre ces vents puissants que les grands dieux animent,
Ton équipage ardent jamais ne s’envenime.

Chantent les matelots, sitôt qu’ils ont bien bu,
Ceux-là qui sont vaillants, ceux-là qui sont fourbus,
On ne sait où on va, mais il faut qu’on y aille,
Contre les éléments, c’est toujours la bataille.

Le noble capitaine est aussi fort qu’un boeuf,
Sa veste est de coton, son pantalon est neuf ;
Si le succès lui vient après cette campagne,
À tous ceux du navire il ofrre le champagne.

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