Louise Ackermann

Contes et poésies, 1863


La Belle au Bois dormant


 
Une princesse, au fond des bois,
A dormi cent ans autrefois,
Oui, cent beaux ans, tout d’une traite.
L’enfant, dans sa fraîche retraite,
Laissait courir le temps léger.
Tout sommeillait à l’entour d’elle :
La brise n’eût pas de son aile
Fait la moindre feuille bouger ;
Le flot dormait sur le rivage ;
L’oiseau, perdu dans le feuillage,
Était sans voix et sans ébats ;
Sur sa tige fragile et verte
La rose restait entr’ouverte :
Cent printemps ne l’effeuillaient pas !
Le charme eût duré, je m’assure,
À jamais, sans le fils du roi.
Il pénétra dans cet endroit,
Et découvrit par aventure
Le trésor que Dieu lui gardait.
Un baiser, bien vite, il dépose
Sur la bouche qui, demi-close,
Depuis un siècle l’attendait.
La dame, confuse et vermeille,
À cet inconnu qui l’éveille
Sourit dans son étonnement.
Ô surprise toujours la même !
Sourire ému ! Baiser charmant !
L’amour est l’éveilleur suprême,
L’âme, la Belle au bois dormant.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 14 octobre 2013 à 16h44


Le conte ne dit pas quelle première phrase
Murmure à son éveil la belle au bois dormant,
Ni ce que lui répond son cher prince charmant.
Pas grand-chose sans doute, un propos sans emphase.

Le sommeil prolongé qui procure la base
De ce curieux récit, presque un petit roman,
A la vie de la belle apporte un ornement,
Car il suspend le temps comme fait une extase.

Quels rêves faisais-tu au château endormi,
Voyais-tu, dans le noir, les yeux de ton promis,
Ou la mauvaise fée que son ire envenime ?

Ainsi le quotidien fait de nous des dormeurs
Dont l’esprit engourdi, comme du feu qui meurt,
Rêve, confusément, qu’un prince le ranime.

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