Rodenbach

(1855-1898)

La Jeunesse blanche

(1886)

Ρrоlоguе

Choses de l’enfance +
Premier amour +
Soirs de province +
Les Jours mauvais +
Mélancolie de l’Art +
 

Rodenbach

La Jeunesse blanche, 1886


Prologue



À Madame X


À vous dont les cheveux de neige et de clarté
Encadrent doucement la figure indulgente,
— Ainsi dans les grands bois un vieux chêne s’argente
Des fils blancs de la Vierge à la fin de l’été,
 
À vous l’ancienne, à vous la bonne, à vous la seule
Pour qui j’ai de ma vie entrouvert les rideaux,
À vous dont l’âme est blanche autant que vos bandeaux
Et que j’aime à jamais comme on aime une aïeule,
 
À vous qui comprenez, sans l’avoir fait, le mal
Et la fatalité qui dort au fond des choses,
Et qui rêvez aussi devant les couchants roses
Où passent des sanglots dans le vent aromal,
 
À vous dont le pardon m’est acquis par avance
Pour le noir qui se mêle aux blancheurs d’autrefois,
Je veux vous raconter lentement, à mi-voix,
Tout le bonheur obscur de mon heureuse enfance.
 
Enfance ! éloignement d’où lui vient sa douceur !
Nuance où la couleur s’éternise en sourdine,
Religieux triptyque ombré d’une patine
Qui met sur les fonds d’or son vernis brunisseur.
 
Jeunesse ! Enfance ! attrait des choses disparues ;
Astres du ciel plus clairs dans l’étang bleu du cœur !
Chanson d’orgue criard dont toute la langueur
Expire en sons blessés dans le lointain des rues.
 
Je veux vous évoquer la ville aux pignons noirs,
Vieille ville flamande où les paroisses proches
Lorsque j’étais enfant, faisaient pleurer leurs cloches
Comme un adieu de ceux qui mouraient dans les soirs !
 
Je veux recomposer la maison paternelle
Avant l’absence, avant la mort, avant les deuils :
Les sœurs, jeunes encor, dormant dans les fauteuils
Et le jardin en fleurs et la vigne en tonnelle.
 
Je veux revivre une heure à l’ombre des grands murs,
Dans le collège ancien où nos âmes placides
S’ouvraient comme une église aux profondes absides
Avec des vitraux d’or pleins de visages purs.
 
Je veux vous reporter à ces calmes années :
Je suis resté le même après bien des douleurs ;
Le manteau de mon Âme a toutes ses couleurs
Mais mes yeux sont plus las que des roses fanées.
 
Car dans nos jours de haine et nos temps de combats
Je fus de ces souffrants que leur langueur isole
Sans qu’ils aient pu trouver la Femme qui console
Et vous remplit le cœur rien qu’à parler tout bas.
 
Je fus de ces songeurs douloureux et timides !
Ils ont tout dépensé, sans avoir rien reçu,
Mais leur mal glorieux personne ne l’a su :
Le mal des cœurs naïfs et des âmes candides.

Qu’importe ! ma souffrance est bonne ! Je les plains
Ceux qui n’ont plus l’orgueil d’être mélancoliques,
En gardant comme moi les dévotes reliques
Les reliques d’enfant dont mes tiroirs sont pleins.
 
Surtout qu’en toi, ma chère ancienne, je m’épanche
Dans un chuchotement de mon esprit au tien !
Viens donc ; allons-nous-en poursuivre l’entretien
Dans le jardin flétri de ma Jeunesse Blanche.
 
Dans ce jardin désert, dans ce jardin fermé,
Dans ce jardin fleuri de lys, piqué de cierges,
Où jadis s’avançaient d’incomparables vierges
Dont les lèvres soufflaient l’odeur du mois de mai.
 
Mais ce parc est en proie à l’insulte des ronces,
Et mes rêves anciens, dans les lointains glacés,
Tels que des marbres blancs, tendent leurs bras cassés
Et de leurs yeux éteints pleurent dans les quinconces.
 
Pauvre parc envahi par l’automne et le soir,
Qui souffre en évoquant son aurore abolie ;
Il est morne, il est vide et ma mélancolie
L’enferme tout entier comme un grillage noir !
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Μаllаrmé : Sоnnеt : «Ô si сhèrе dе lоin еt prосhе еt blаnсhе, si...»

Сеndrаrs : Éсrirе

Μаrоt : Dе l’Αbbé еt dе sоn Vаlеt

Μаrоt : Dе l’аmоur du Sièсlе Αntiquе

Соrbièrе : Un riсhе еn Βrеtаgnе

Rоllinаt : Lе Сhаt

Соrbièrе : Rоndеl

Jаrrу : Μinérаl

Βоukау : Rеgrеts à Νinоn

Αpоllinаirе : «Εt tоi mоn сœur pоurquоi bаts-tu ?...»

☆ ☆ ☆ ☆

Βruаnt : Sоnnеur

Lаttаignаnt : Βillеt à Μоnsiеur J***

Сrоs : Сrоquis

Jаrrу : Sаint-Βriеuс dеs Сhоuх

Lаfоrguе : Stupеur

Сrоs : Lе Βut

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur L’Οffiсе du sоir (Βеrtrаnd)

De Сосhоnfuсius sur Sоnnеt : «Sе vоir lе plus pоssiblе еt s’аimеr sеulеmеnt...» (Μussеt)

De Сосhоnfuсius sur «Αdmirаnt tа blаnсhеur, bеаuté, mајеsté, glоirе...» (Jоdеllе)

De Dаmе dе flаmmе sur «Du tristе сœur vоudrаis lа flаmmе étеindrе...» (Sаint-Gеlаis)

De Сurаrе- sur «С’еst оrеs, mоn Vinеus, mоn сhеr Vinеus, с’еst оrе...» (Du Βеllау)

De Сurаrе- sur Lа Ρеtitе Ruе silеnсiеusе (Fоrt)

De Сurаrе- sur «Τu еs sеulе mоn сœur, mоn sаng еt mа Déеssе...» (Rоnsаrd)

De Dаmе dе flаmmе sur «Τоi qui trоublеs lа pаiх dеs nоnсhаlаntеs еаuх...» (Βеrnаrd)

De Jаdis sur À l’еnvеrs (Sеgаlеn)

De Xi’аn sur Μirlitоn (Соrbièrе)

De Jаdis sur Lа Сhèvrе (Rоllinаt)

De Xi’аn sur «Αimеz-vоus l’оdеur viеillе...» (Μilоsz)

De Dаmе dе flаmmе sur Vеrlаinе

De Сurаrе= sur Οisеаuх dе pаssаgе (Riсhеpin)

De Wеb-dеvеlоppеur sur «Ιl n’еst riеn dе si bеаu соmmе Саlistе еst bеllе...» (Μаlhеrbе)

De Xi’аn sur Lе Gigоt (Ρоnсhоn)

De Jаdis sur «Lе Sоlеil l’аutrе јоur sе mit еntrе nоus dеuх...» (Rоnsаrd)

De Xiаn sur À sоn lесtеur : «Lе vоilà сеt аutеur qui sаit pinсеr еt rirе...» (Dubоs)

De Yеаts sur Ρаul-Jеаn Τоulеt

De Ιо Kаnааn sur «Μаîtrеssе, quаnd је pеnsе аuх trаvеrsеs d’Αmоur...» (Rоnsаrd)

De Rоzès sur Μédесins (Siсаud)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе