Verlaine

Poèmes saturniens, 1866



Le soleil, moins ardent, luit clair au ciel moins dense.
Balancés par un vent automnal et berceur,
Les rosiers du jardin s’inclinent en cadence.
L’atmosphère ambiante a des baisers de sœur.
 
La Nature a quitté pour cette fois son trône
De splendeur, d’ironie et de sérénité :
Clémente, elle descend, par l’ampleur de l’air jaune,
Vers l’homme, son sujet pervers et révolté.
 
Du pan de son manteau que l’abîme constelle,
Elle daigne essuyer les moiteurs de nos fronts,
Et son âme éternelle et sa forme immortelle
Donnent calme et vigueur à nos cœurs mous et prompts.
 
Le frais balancement des ramures chenues,
L’horizon élargi plein de vagues chansons,
Tout, jusqu’au vol joyeux des oiseaux et des nues,
Tout, aujourd’hui, console et délivre. — Pensons.
 
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 13 janvier 2020 à 12h14


Sous les jeunes rameaux qui, subtils, se balancent,
L’eau vive fait ouïr son murmure berceur.
Ce ru qui au hasard mène sa nonchalance
Pour l’âme a les vertus sages d’un guérisseur.

Ce modeste cours d’eau n’égale pas le Rhône :
Il trace dans les prés son sillon argenté
Et serpente, enjoué, sans hâte, entre les aulnes,
Sans souci, sans projet, sinon de serpenter.

Un vieux pêcheur pensif, près d’une cascatelle,
Songe, l’orteil à l’air et la visière au front ;
Sur l’herbe rejetée, une brème pantèle,
Promise, résignée, au beurre et au citron.

Mais plus loin, la rivière en fredonnant sinue,
Insensible au péril dormant des hameçons.
Elle poursuit son cours, secrète et inconnue,        
Pleine de galets blancs et de libres poissons.

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