Verlaine

(1844-1896)

Sagesse

(1880)

I ×
II +
III +
 

Verlaine

Sagesse, 1880



J’avais peiné comme Sisyphe
Et comme Hercule travaillé
Contre la chair qui se rebiffe.
 
J’avais lutté, j’avais baillé
Des coups à trancher des montagnes,
Et comme Achille ferraillé.
 
Farouche ami qui m’accompagnes,
Tu le sais, courage païen,
Si nous en fîmes des campagnes,
 
Si nous avons négligé rien
Dans cette guerre exténuante,
Si nous avons travaillé bien !
 
Le tout en vain : l’âpre géante
À mon effort de tout côté
Opposait sa ruse ambiante,
 
Et toujours un lâche abrité
Dans mes conseils qu’il environne
Livrait les clefs de la cité.
 
Que ma chance fût male ou bonne,
Toujours un parti de mon cœur
Ouvrait sa porte à la Gorgone.
 
Toujours l’ennemi suborneur
Savait envelopper d’un piège
Même la victoire et l’honneur !
 
J’étais le vaincu qu’on assiège,
Prêt à vendre son sang bien cher,
Quand, blanche en vêtement de neige,
 
Toute belle, au front humble et fier,
Une Dame vint sur la nue,
Qui d’un signe fit fuir la chair.
 
Dans une tempête inconnue
De rage et de cris inhumains,
Et déchirant sa gorge nue,
 
Le Monstre reprit ses chemins
Par les bois pleins d’amours affreuses,
Et la Dame, joignant les mains :
 
« Mon pauvre combattant qui creuses,
Dit-elle, ce dilemme en vain,
Trêve aux victoires malheureuses !
 
« Il t’arrive un secours divin
Dont je suis sûre messagère
Pour ton salut, possible enfin ! »
 
— « Ô ma Dame dont la voix chère
Encourage un blessé jaloux
De voir finir l’atroce guerre,
 
« Vous qui parlez d’un ton si doux
En m’annonçant de bonnes choses,
Ma Dame, qui donc êtes-vous ? »
 
— « J’étais née avant toutes causes
Et je verrai la fin de tous
Les effets, étoiles et roses.
 
« En même temps, bonne, sur vous,
Hommes faibles et pauvres femmes,
Je pleure, et je vous trouve fous !
 
« Je pleure sur vos tristes âmes,
J’ai l’amour d’elles, j’ai la peur
D’elles, et de leurs vœux infâmes !
 
« Ô ceci n’est pas le bonheur.
Veillez, Quelqu’un l’a dit que j’aime,
Veillez, crainte du Suborneur,

« Veillez, crainte du Jour suprême !
Qui je suis ? me demandais-tu.
Mon nom courbe les anges même,

« Je suis le cœur de la vertu,
Je suis l’âme de la sagesse,
Mon nom brûle l’Enfer têtu,
 
« Je suis la douceur qui redresse,
J’aime tous et n’accuse aucun,
Mon nom, seul, se nomme promesse,
 
« Je suis l’unique hôte opportun,
Je parle au Roi le vrai langage
Du matin rose et du soir brun,
 
« Je suis la Prière, et mon gage
C’est ton vice en déroute au loin.
Ma condition : « Toi, sois sage. »

— « Oui, ma Dame, et soyez témoin ! »
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Соppéе : «J’аdоrе lа bаnliеuе аvес sеs сhаmps еn friсhе...»

Rоllinаt : Lа Ρrièrе du silеnсе

Ρеllеrin : L’Αutоbus ivrе

Vignу : Élоа, оu Lа Sœur dеs Αngеs

Νеlligаn : Сlаir dе lunе intеllесtuеl

Siсаud : Lе Сhеmin dе sаblе

Соrbièrе : Épitаphе

Rеvеrdу : Lеndеmаin

Rеvеrdу : Lа Viе durе

Rеvеrdу : Lа Сlосhе сœur

Klingsоr : Αu јоli јеu dеs fоurbеriеs

Gаutiеr : Ρréfасе

☆ ☆ ☆ ☆

Саrсо : Lаissеz-mоi

Νоuvеаu : Сru

Τоulеt : «Lе sаblе оù nоs pаs оnt сrié...»

Dеlаruе-Μаrdrus : Εrrеmеnts

Frаnс-Νоhаin : Αllеgrо dеs Соаltаrs

Hеrеdiа : L’Épéе

Vеrlаinе : Dédiсасе

Сhаtеаubriаnd : Lе Μоntаgnаrd ехilé

Τоulеt : «Lеs Quаrаntе...»

Rimbаud : Vénus Αnаdуоmènе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Lа Ρrièrе du silеnсе (Rоllinаt)

De Сосhоnfuсius sur Сlаir dе lunе intеllесtuеl (Νеlligаn)

De Сосhоnfuсius sur Dе sоi-mêmе (Lа Gеsséе)

De Rоzès sur Lе Сhеmin dе sаblе (Siсаud)

De Sеzоr sur «Jе vоudrаis biеn êtrе vеnt quеlquеfоis...» (Durаnt dе lа Βеrgеriе)

De KUΝG Lоuisе sur Villе dе Frаnсе (Régniеr)

De Сurаrе- sur «Épоuvаntаblе Νuit, qui tеs сhеvеuх nоirсis...» (Dеspоrtеs)

De Xi’аn sur Jеhаn Riсtus

De Villеrеу јеаn -pаul sur Détrеssе (Dеubеl)

De ΒооmеrаngΒS sur «Βiеnhеurеuх sоit lе јоur, еt lе mоis, еt l’аnnéе...» (Μаgnу)

De Hаikukа sur «Lе Sоlеil l’аutrе јоur sе mit еntrе nоus dеuх...» (Rоnsаrd)

De Gаrdiеn dеs Суmеs sur Сhаnt dе Νоël (Νоël)

De Сurаrе- sur «Lа mоrt а tоut mоn biеn еt mоn еspоir étеint...» (Αubin dе Μоrеllеs)

De Сurаrе- sur Jоurnаlistе piеuх (Fréсhеttе)

De аunrуz sur Rêvеriе (Lаrguiеr)

De Сhristiаn sur Сrépusсulе dе dimаnсhе d’été (Lаfоrguе)

De Τhundеrbird sur Αgnus Dеi (Vеrlаinе)

De L’hеndéсаpé sуllаbis sur Lа Ρаssаntе (Νеlligаn)

De Сhristiаn sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ιо Kаnааn sur Jоуаu mémоriаl (Sеgаlеn)

De Lilith sur «Се fut un Vеndrеdi quе ј’аpеrçus lеs Diеuх...» (Νuуsеmеnt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе