Verhaeren

Les Villages illusoires, 1895


Le Sonneur


 
Comme un troupeau de bœufs aveugles,
Avec effarement, là-bas, au fond des soirs,
L’ouragan beugle.
 
Et tout à coup, par au-dessus des pignons noirs,
Que dresse, autour de lui, l’église, au crépuscule,
Rayé d’éclairs, le clocher brûle.
 
Le vieux sonneur, la tête folle,
La bouche ouverte et sans parole,
Accourt ;
Et le tocsin qu’il frappe, à battants lourds,
Rythme en tempête
Le désespoir qui bat sa tête.
 
La tour,
Avec, à son faite, la croix brandie,
Épand, vers l’horizon halluciné,
Les crins rouges de l’incendie.
Le bourg nocturne en est illuminé.
Les visages des foules apparues
Peuplent de peur et de clameurs les rues
Et, sur les murs soudain éblouissants,
Les carreaux noirs boivent du sang.
 
Le vieux sonneur, vers la campagne immense,
Jette, à pleins glas, sa crainte et sa démence.
 
La tour,
Elle grandit, sur l’horizon qui bouge;
Elle est volante en lueurs rouges,
Par au-dessus des lacs et des marais ;
Ses ardoises, comme des ailes
De paillettes et d’étincelles,
Fuient, dans la nuit, vers les forêts
Au passage des feux, les chaumières s’exhument
De l’ombre et, tout à coup, s’allument
Et, dans l’effondrement du faîte entier, la croix
Choit au brasier, qui tord et broie
Ses bras chrétiens, comme une proie.
 
Le vieux sonneur sonne si fort qu’il peut
Comme si les flammes brûlaient son Dieu.
 
La tour,
Le feu s’y creuse en entonnoir,
Par au dedans des murs de pierre,
Gagnant l’étage et le voussoir,
Où saute et rebondit la cloche en sa colère.
Les corneilles et les hiboux
Passent, avec de longs cris fous,
Cognant leur tête aux fenêtres fermées,
Brûlant leur vol, dans les fumées,
Hagards d’effroi, lassés d’efforts,
Et, tout à coup, parmi les houles de la foule,
S’abattant morts.
 
Le vieux sonneur voit s’avancer, vers ses cloches brandies,
Les mains en or qui bout de l’incendie.
 
La tour,
On la dirait tout en rouges buissons
Dont les branches de flamme
Se darderaient, par à travers les abat-son;
Le feu sauvage et convulsif entame,
Avec des courbes végétales,
Les madriers et les poulies
Et les poutres monumentales,
D’où les cloches sonnent et clament leur folie
 
Le vieux sonneur, à bout de crainte et d’agonie,
Sonne sa mort, dans ses cloches finies.
 
La tour,
Un décisif fracas,
Gris de poussière et de plâtras,
La casse en deux, de haut en bas.
Comme un grand cri tué, cesse la rage,
Soudainement, du glas.
Le vieux clocher
Tout à coup noir semble pencher;
Et l’on entend, étage par étage,
Avec des heurts dans leur descente,
Les cloches bondissantes,
Jusqu’à terre, plonger.
 
Le vieux sonneur n’a pas bougé.
 
Et la cloche qui défonça le terrain mou
Fut son cercueil et fit son trou.
 

Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Αpоllinаirе : «Εt tоi mоn сœur pоurquоi bаts-tu ?...»

Villiеrs dе L’Ιslе-Αdаm : Αu bоrd dе lа mеr

Αpоllinаirе : Lа Grеnоuillèrе

Νеrvаl : Lеs Éсrivаins

Hаrаuсоurt : Αu tеmps dеs féеs

Gаutiеr : Quеstiоns

Hеrеdiа : Lа Sоurсе

Jаmmеs : Ρrièrе pоur аimеr lа dоulеur

Соppéе : «С’еst vrаi, ј’аimе Ρаris d’unе аmitié mаlsаinе...»

Μаllеvillе : «Lе silеnсе régnаit sur lа tеrrе еt sur l’оndе...»

☆ ☆ ☆ ☆

Сrоs : Lе Βut

Ρеllissоn-Fоntаniеr : «L’ехеmplе dе Gоdеаu...»

Αpоllinаirе : Lе Suiсidé

Νоuvеаu : Hуmnе

Αpоllinаirе : «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...»

Соrbièrе : Lе Ρоètе еt lа Сigаlе

Vоltаirе : «Si vоus vоulеz quе ј’аimе еnсоrе...»

Du Βеllау : «Τhiаrd, qui аs сhаngé еn plus grаvе éсriturе...»

Εlskаmp : «À présеnt с’еst lа nuit qui tоmbе...»

Rоllinаt : Lа Сhèvrе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur «Dеvаulх, lа mеr rеçоit tоus lеs flеuvеs du mоndе...» (Du Βеllау)

De Сосhоnfuсius sur «Μillе bаisеrs pеrdus, millе еt millе fаvеurs...» (Αubigné)

De Сurаrе- sur «Τоi qui trоublеs lа pаiх dеs nоnсhаlаntеs еаuх...» (Βеrnаrd)

De Сосhоnfuсius sur Ρrièrе du vоуаgеur (Drеlinсоurt)

De Jаdis sur À l’еnvеrs (Sеgаlеn)

De Xi’аn sur Μirlitоn (Соrbièrе)

De Jаdis sur Lа Сhèvrе (Rоllinаt)

De Xi’аn sur «Αimеz-vоus l’оdеur viеillе...» (Μilоsz)

De Dаmе dе flаmmе sur Vеrlаinе

De Сurаrе- sur Sur l’Hélènе dе Gustаvе Μоrеаu (Lаfоrguе)

De Dаmе dе flаmmе sur Οisеаuх dе pаssаgе (Riсhеpin)

De Сurаrе- sur «Ιl n’еst riеn dе si bеаu соmmе Саlistе еst bеllе...» (Μаlhеrbе)

De Xi’аn sur Lе Gigоt (Ρоnсhоn)

De Jаdis sur «Lе Sоlеil l’аutrе јоur sе mit еntrе nоus dеuх...» (Rоnsаrd)

De Dаmе dе flаmmе sur À sоn lесtеur : «Lе vоilà сеt аutеur qui sаit pinсеr еt rirе...» (Dubоs)

De Yеаts sur Ρаul-Jеаn Τоulеt

De Ιо Kаnааn sur «Μаîtrеssе, quаnd је pеnsе аuх trаvеrsеs d’Αmоur...» (Rоnsаrd)

De Rоzès sur Μédесins (Siсаud)

De Rоzès sur Lе Сhеmin dе sаblе (Siсаud)

De Sеzоr sur «Jе vоudrаis biеn êtrе vеnt quеlquеfоis...» (Durаnt dе lа Βеrgеriе)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе