Verhaeren

Les Campagnes hallucinées, 1893


Chanson de fou


 
Je les ai vus, je les ai vus,
Ils passaient, par les sentes,
Avec leurs yeux, comme des fentes,
Et leurs barbes, comme du chanvre.
 
Deux bras de paille,
Un dos de foin,
Blessés, troués, disjoints,
Ils s’en venaient des loins,
Comme d’une bataille.
 
Un chapeau mou sur leur oreille,
Un habit vert comme l’oseille ;
Ils étaient deux, ils étaient trois,
J’en ai vu dix, qui revenaient du bois.
 
L’un d’eux a pris mon âme
Et mon âme comme une cloche
Vibre en sa poche.
 
L’autre a pris ma peau
— Ne le dites à personne —
Ma peau de vieux tambour
Qui sonne.
 
Un paysan est survenu
Qui nous piqua dans le sol nu,
Eux tous et moi, vieilles défroques,
Dont les enfants se moquent.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 12 juin 2016 à 17h48

Connus comme deux loups blancs
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Je vous ai vus ! Je vous ai vus !
Votre fourrure est toute blanche,
Vous marchez sans casser les branches,
Loups blancs ! Je vous ai reconnus.

Souvent, vous dressez les oreilles,
Vous êtes deux, et non pas trois,
La faim vous fait saillir du bois,
Mais vous ne mangez pas d’oseille.

Un grand corbeau est survenu,
Combien blanche était sa défroque !
Ses cris aux vôtres s’entrechoquent,
L’écho les rend par le menu.

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