Rodenbach

(1855-1898)

Le Miroir du ciel natal

(1898)

Les Lampes +
Les Femmes en mante ×
Les Réverbères +
Les Jets d’eau +
Les Premières Communiantes +
Les Cygnes +
Les Cloches +
Les Hosties +
Épilogue +
 

Rodenbach

Le Miroir du ciel natal, 1898


              V


Tout a l’air si inanimé !
Les maisons sont fermées ;
On croirait tout le monde absent,
Sans un peu de fumée
Qui s’élève des toits avec des bleus d’encens.
 
Tout a l’air si âgé :
Les bancs du mail
Où s’effeuillent d’humbles tilleuls ;
Les murs de Saint-Sauveur que la mousse a rongés,
Où l’on voit l’envers du vitrail ;
Rien n’a changé...
Est-ce une ville où ne vivent que des aïeules ?
 
Tout s’adoucit et tout s’ouate ;
Est-ce qu’il y a des malades
Pour que si doucement tintent les cloches
Au-dessus de la ville ?
Vieilles cloches qui s’effilochent
Son à son, comme fil à fil...
 
Tout incline à un silence tel,
Comme d’une ville irréelle
Et qui se serait faite elle-même en dentelle !
 
Universelle solitude !
Même les cygnes, sur l’eau noire,
Ont l’ennui du reflet d’eux-mêmes, et l’éludent ;
Les nénuphars sur l’eau sont comme des fermoirs.

Le ciel opaque et haut
N’est guère vivant davantage,
Ciel mat d’immobiles nuages,
Et qui a toujours l’air d’être un ciel de tableau.
 
Le silence avec la solitude s’accorde.
Ah ! comme tout est loin !
Comme tout se passe sans témoin !
Comme tout est de moins en moins !
On dirait que la ville est depuis longtemps morte !
 

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