Rodenbach

(1855-1898)

Le Miroir du ciel natal

(1898)

Les Lampes +
Les Femmes en mante +
Les Réverbères +
Les Jets d’eau +
Les Premières Communiantes +
Les Cygnes +
Les Cloches +
Les Hosties ×
Épilogue +
 

Rodenbach

Le Miroir du ciel natal, 1898


              XIII


Les cierges lentement brûlent parmi les nefs ;
Ils ont l’air de souffrir. Peut-être souffrent-ils ?
Ils saignent, dirait-on ; ils ont des frissons brefs ;
Quel effroi fait trembler leur flamme versatile ?
 
Ils palpitent comme le pouls, durant la fièvre ;
Ils ont l’air de mourir en spasmes de lumière,
De la mort s’effeuillant d’une rose trémière ;
Leur feu qui bouge a des adieux comme les lèvres.

Oh ! les cierges, brûlure et pâleur ! oh ! les cires
Qui sur les chandeliers des églises expient
Et compensent le mal avec leurs flammes pies ;
Cires de qui l’orgueil est d’être des martyres !
 
Le crépuscule a su vos sanglantes délices,
Ô cierges, ayant l’air, dans l’air qui s’est ému,
De roseaux écorchés dont la moelle est à nu ;
Ah ! cette volupté d’augmenter son supplice !
 
Tous les cierges, au loin, rouvrent leurs cicatrices,
Cierges stigmatisés, au sang toujours docile
Pour laver les péchés mieux que jeûne et vigile ;
Dieu ! Que plus rien ne saigne et que l’ombre guérisse !
 
C’est chaque fois comme une plaie aux pieds, aux mains !
Comme une Passion du Christ qui recommence ;
Or le cierge pascal sera pire demain
Et l’Ombre va saigner, ouverte par sa Lance.
 

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