Rodenbach

(1855-1898)

Le Miroir du ciel natal

(1898)

Les Lampes +
Les Femmes en mante ×
Les Réverbères +
Les Jets d’eau +
Les Premières Communiantes +
Les Cygnes +
Les Cloches +
Les Hosties +
Épilogue +
 

Rodenbach

Le Miroir du ciel natal, 1898


              XII


Le brouillard indolent de l’automne est épars...
Il flotte entre les tours comme l’encens qui rêve
Et s’attarde après la grand messe dans les nefs ;
Et il dort comme du linge sur les remparts.
 
Il se déplie et se replie. Et c’est une aile
Aux mouvements imperceptibles et sans fin ;
Tout s’estompe ; tout prend un air un peu divin ;
Et, sous ces frôlements pâles, tout se nivèle.

Tout est gris, tout revêt la couleur de la brume :
Le ciel, les vieux pignons, les eaux, les peupliers,
Que la brume aisément a réconciliés
Comme tout ce qui est déjà presque posthume.
 
Brouillard vainqueur qui, sur le fond pâle de l’air,
A même délayé les tours accoutumées
Dont l’élancement gris s’efface et n’a plus l’air
Qu’un songe de géométrie et de fumées.
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 13 novembre 2022 à 09h46

Evviva Italia !
------------------

Le sombre canon gronde et tonne quelque part,
Sur l’horizon confus l’astre du jour se lève.
Rajustant vaillamment mon noble couvre-chef,
Je surgis, souple comme un singe, ou un guépard.

Tout le monde est-il mort ? Où est la sentinelle ?
Derrière un sophora, je l’aperçois enfin.
Mais le lascar s’enfuit quand je l’appelle en vain
Comme faisait le chien du bon Jean de Nivelles.

Les sentiers sont trempés, je tousse et je m’enrhume ;
Lorgnant vers les feuillées, j’avance, un peu plié.
Là, je souffle et m’escrime, hardi bersaglier,
Prenant garde à ne pas tacher mon beau costume.

La clameur du clairon s’élève dans les airs.
Guidé par le coq noir de ma coiffe emplumée,
Sur l’ennemi transi, je charge, sabre au clair,
Et foule sans remords la sauge parfumée.

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