Philothée O’Neddy

(1811-1875)

Feu et Flamme

(1833)

Nuits ×
Nuit première

Ρаndæmоnium

Nuit seconde

Νévrаlgiе

Nuit troisième

Rоdоmоntаdе

Nuit quatrième

Νéсrоpоlis

Nuit cinquième

Épisоdе

Nuit sixième

Suссubе

Nuit septième

Dаndуsmе

Nuit huitième

Érоs

Nuit neuvième

Ιnсаntаtiоn

Nuit dixième

Τrinité

Mosaïque +
 

Philothée O’Neddy

Feu et Flamme, 1833


Épisode


 

La douce harmonie qui dort dans la lyre appartient-elle à celui qui l’a achetée et qui la possède, tout sourd qu’il est ? — Il a acheté le droit de la mettre en pièces, mais non point l’art d’en tirer des sous divins, ni la jouissance ravissante de l’harmonie. La vérité règne sur le sage, la beauté sur le cœur sensible. Ils s’appartiennent l’un l’autre, Aucun préjugé vulgaire ne peut détruire en moi cette persuasion.
Schiller.



 

I


 
Le pied de la nuit brune au front des tours se pose.
L’émir dans son harem, sur le divan repose ;
Dans des vases d’or pur, placide et souriant,
Il regarde brûler les parfums d’Orient.
Un vieil eunuque noir, dans sa coupe qui fume,
D’un savoureux moka lui verse l’amertume.
On nourrit le foyer de cèdre et de sandal ;
Et, sur le dos d’un sphinx, marbre monumental,
Un nain jaune accroupi nonchalamment fredonne
Je ne sais quel refrain barbare et monotone.
 
 
 

II


 
Une Grecque apparaît : de riches voiles blancs
Tombent sur son épaule à plis étincelants ;
Elle vient partager la couche du vieux More,
Et s’offrir languissante aux baisers dont l’honore
L’amour seigneurial d’un maître et d’un époux.
Comme ses yeux de jais brillent sombres et doux
Sous l’arc oriental de leurs sourcils d’ébène !
Que son pas d’odalisque et sa taille de reine,
Confondant la mollesse avec la majesté,
D’un contraste divin revêtent sa beauté !
 
 
 

III


 
Des yeux mats de l’émir la rigueur incisive
Suit de ses mouvements l’anxiété pensive.
Elle tressaille au bruit du féroce aquilon,
Qui hurle en flagellant les halliers du vallon.
Elle contemple au loin le ciel terne et grisâtre,
Puis regarde le sol, que d’un velours d’albâtre
Les neiges de novembre ont partout décoré ;
Elle tressaille encore, et, sur le lit moiré,
Avec une âme éteinte et des sens tout de glace,
Auprès de son seigneur elle va prendre place.
 
 
 

IV


 
Un jeune homme inconnu veille sur le rocher.
— Du côté du manoir voyez-le se pencher !
Drapant la grise ampleur de son froc militaire,
Il semble dans l’espace un vautour solitaire ;
Insoucieux du froid dont l’âpreté le mord,
Il regarde les tours, comme regarde un mort...
Il voit, l’une après l’une, au cintre des croisées,
Mourir avec lenteur les lampes épuisées.
Une seule, à travers un rideau violet,
Sur la terrasse encor fait jaillir son reflet.
 
 
 

V


 
C’est là que dort l’émir près de sa jeune épouse...
— La hideuse pensée ! — en sa tête jalouse
Elmodhi la recueille : il est ingénieux
À bien en remuer le sarcasme odieux.
Peut-être, en ce moment, la myrrhe de sa bouche
Tarit sous le baiser du mécréant farouche.
Il ose tourmenter, du bronze de sa main,
Les flots de ses cheveux, le golfe de son sein.
Sa volupté stupide insolemment ravage
Cet Éden que l’amour livre à son œil sauvage !
L’impie ! il la profane. — Oh ! que, large et puissant,
Dans le cœur d’Elmodhi le désespoir descend !...
Sa poitrine orageuse en grondant se soulève ;
Il mord en forcené le pommeau de son glaive,
Et sa voix qu’assombrit une fauve douleur,
Laisse éclater un chant d’amour et de malheur :
 
          Parmi ces neiges entassées,
          Pendant que je veille au désert,
          Que mille images insensées
          Autour de moi volent pressées,
          Comme des visions d’enfer,
 
Que fais-tu, ma Stella, toi qui seule en ce monde
Donne une vie ardente à mon âme profonde ?
Tu m’aime, et cependant la couche de l’émir ;
À ce honteux vieillard te voit, chaque soirée,
Livrer tous les parfums de la beauté sacrée,
          Fleur qu’amour seul devrait cueillir !
 
          À ce penser quand je m’arrête,
          Mon corps se raidit frémissant ;
          Et dans mes yeux et dans ma tête
          Bourdonne une sourde tempête
          De feu, de larmes et de sang !
 
De l’esclave, le soir, la chaîne est plus légère ;
Le prisonnier qui dort sous la tente étrangère,
Se retrouve en un songe au foyer des aïeux :
La nuit verse le calme à toute créature ; —
À moi seul elle apporte insomnie et torture,
          Seul je suis maudit sous les cieux !
 
          Écoute : lorsqu’au cimetière,
          Ce cœur, étoile de désir,
          Devenu dormeuse poussière,
          Oubliera, sous la froide pierre,
          Ce que c’est qu’aimer et souffrir,
 
Stella ! — Je te l’ordonne au nom des saints vertiges,
Des fascinations, des charmes, des prestiges
Que nos cœurs l’un sur l’autre exercent ici-bas :
— Le soir, en subissant l’étreinte du vieux More,
Oh ! rêve que c’est moi dont l’amour te dévore ;
          Rêve que je meurs dans tes bras !
 
 
 

VI


 
Tandis qu’il rôde en spectre autour du palais sombre,
Voilà que l’on entrouvre une porte dans l’ombre :
On dirait sous un pas que la neige a crié...
— C’est elle !... — Pleurs, souffrance, ah ! tout est oublié !
Dans les convulsions du bonheur qui l’oppresse,
Contre son cœur longtemps sans parole il la presse.
Puis, en mots musculeux, fébriles, pénétrants,
Il verse son amour : des languirs dévorants
S’emparent de Stella ; tous ses nerfs se calcinent,
Ses esprits nuagés s’ébranlent, se fascinent ;
Des contours de son sein le fougueux ondoiement
Jette un appel de flamme aux baisers de l’amant ;
Tandis que lui la porte en sa grotte prochaine,
Où flambent les débris du cadavre d’un chêne.
 
 
 

VII


 
Et déjà cependant le soupçonneux émir,
En sursaut réveillé, s’étonne de sentir
Son lit désert et froid. — D’un élan de panthère,
Il saute à la colonne où dort son cimeterre.
Sa pelisse, sur lui jetée en un clin-d’œil,
D’un amas de joyaux fait resplendir l’orgueil.
Il brise deux tam-tams pour évoquer ses gardes ;
Et tous, en balançant torches et hallebardes,
Accourus avec bruit sur le vaste escalier,
Déroulent de leurs rangs le cadre irrégulier.
Comme un sombre ouragan, le féroce cortège
Déborde dans le val qu’éclaire au loin la neige.
— Amants, sur la caverne entendez-vous leurs pas ?
Oh ! doublez vos baisers, car voici le trépas.
— C’est en vain qu’Elmodhi fait tournoyer son sabre,
Que, lion jeune et superbe, il se roule, il se cabre ;
On éteint sous des fers son volcanique effort...
Grâce à ses Albanais, l’émir est le plus fort.
 
 
 

VIII


 
Quelle est, dans le brouillard, cette gondole noire
Qu’on voit se détacher du pâle promontoire ?
Abdallah, le vieux chef des sbires du sérail,
Comme un sphinx de granit surplombe au gouvernail.
Précipitant le jet de leurs rames qui sonnent,
Au souffle froid du nord les mariniers frissonnent,
Et les gouttes de pluie, en mille diamants,
Se gèlent sur leur barbe et sur leurs vêtements.
Ils sont déjà bien loin des dunes de la grève ;
Abdallah fait un signe ; un des rameurs se lève,
Et ses bras, dans les flots violâtres et sourds,
Poussent péniblement deux sacs de cuir bien lourds.
.  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .  .
 
Après quoi, vers le port s’en revient la tartane.
Et le septentrion seul ride la mer plane.
 
 
                              (Sujet tiré d’un poète allemand.)
 

1830

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