Charles Cros

(1842-1888)

Le Collier de griffes

(1908)

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La Vision du grand canal... +
Prose ×
 

Charles Cros

Le Collier de griffes, 1908


Le Caillou mort d’amour


 

Histoire tombée de la lune

Le 24 tchoum-tchoum (comput de Wéga, 7e série), un épouvantable tremblement de lune désola la Mer-de-la-Tranquillité. Des fissures horribles ou charmantes se produisirent sur ce sol vierge[1] mais infécond.

Un silex (rien d’abord de l’époque de la pierre éclatée, et à plus forte raison de la pierre polie) se hasarda à rouler d’un pic perdu, et, fier de sa rondeur, alla se loger à quelque phthwfg[2] de la fissure A. B. 33, nommée vulgairement Moule-à-Singe.

L’aspect rosé de ce paysage, tout nouveau pour lui, silex à peine débarqué de son pic, la mousse noire du manganèse qui surplombait le frais abîme, affola le caillou téméraire, qui s’arrêta dur, droit, bête.

La fissure éclata du rire silencieux, mais silencieux, particulier aux Êtres de la Planète sans atmosphère. Sa physionomie, en ce rire, loin de perdre de sa grâce, y gagne un je-ne-sais-quoi d’exquise modernité. Agrandie, mais plus coquette, elle semblait dire au caillou : « Viens-y donc, si tu l’oses !... »

Celui-ci (de son vrai nom Skkjro[3]) jugea bon de faire précéder son amoureux assaut par une aubade chantée dans le vide embaumé d’oxyde magnétique.

Il employa les coefficients imaginaires d’une équation du quatrième degré[4]. On sait que dans l’espace éthéré on obtient sur ce mode des fugues sans pareilles. (Platon, liv. XV, § 13.)

La fissure (son nom sélénieux veut dire « Augustine ») parut d’abord sensible à cet hommage. Elle faiblissait même, accueillante.

Le Caillou, enhardi, allait abuser de la situation, rouler encore, pénétrer peut-être...

 

Ici le drame commence, drame bref, brutal, vrai.

Un second tremblement de lune, jaloux de cette idylle, secoua le sol sec.

La fissure (Augustine) effarée se referma pour jamais, et le caillou (Alfred) éclata de rage.

C’est de là que date l’âge de la Pierre Éclatée.


  __________________________________________________
  1. Nous ne pouvons pas tenir compte des infâmes calomnies
qui ont circulé sur ce sol.
  2. Le phthwfg équivaut à une longueur de 37 000 mètres
d’iridium à 7°au-dessous de zéro.
  3. Ce prénom, banal dans la Planète, se traduit exactement
« Alfred ».
  4. Le texte lunaire original porte « du palier du quatrième
étage ». Erreur évidente du copiste.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 14 mai 2013 à 17h39


À la sixième tournée du troisième paradigme, un épouvantable orage désola le potager de Piaf-Tonnerre. Des taches de rouille horribles ou charmantes se produisirent sur les outils de jardin.

Un arrosoir (rien à voir avec un fer à repasser) se laissa glisser d’un talus boueux et, peu fier de sa corrosion, alla se loger à quelques longueurs de falzar de la borne Nord-Ouest 33, nommée vulgairement Ardoise-à-Fromage.
L’aspect lisse de l’ardoise affola l’arrosoir pusillanime, qui s’arrêta, vide, cylindrique, troué de rouille.
L’ardoise observa le silence. Sa physionomie était tournée dans l’autre direction. L’arrosoir se disait en lui-même : « Vraiment, je n’ose !... »
Il était bien incapable de faire précéder son amoureux assaut par un madrigal ou un sonnet marotique.
Il employa les ressources d’une imprimante à jointure que Piaf-Tonnerre avait mise à refroidir.
L’ardoise parut d’abord insensible à cet hommage. Elle s’endormait, même.
L’arrosoir découvrit alors une imperfection dans le logiciel de l’imprimante à jointures.
 
Ici le récit de son illumination transcendante :

Un second orage, par le plus grand des hasards, inonda le sol déjà bien humide.
L’ardoise réfléchit la lueur d’un éclair, et l’arrosoir en fut illuminé.


C’est depuis ce temps là que les arrosoirs les plus éclairés, pour désigner leur propre personne, utilisent l’expression "ma pomme".

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