Paul Claudel

Connaissance de l'Est, 1907


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Il faut de longs cris avant qu’elle s’ouvre, de furieuses batteries sur la porte patiente, avant que le domestique intérieur, sensible à leur concert, vienne reconnaître l’étranger au milieu de ses porteurs déposé devant le seuil dans une caisse. Car ici point de sonnette profonde, point de timbre dont la traction d’un fil au travers des murs s’attachant au plus secret détermine l’explosion soudain, pareille à l’aboi d’une bête que l’on pince. La Montagne Noire est le quartier des vieilles familles et le silence y est grand. Ce qui chez les Européens sert pour la récréation et les jeux, les Chinois le consacrent à la retraite. Dans le gâteau animal, entre ces rues toutes bouillonnantes d’une humanité impure, il se réserve des lieux oisifs que cloisonnent largement tel enclos vide ou l’hoirie de quelque personne isolée, adjointe à des lares antiques ; que seul un noble toit aménage l’ombre énorme des banyans plus anciens que la ville et des letchis qui croulent sous la charge de leurs glands de pourpre ! Je suis entré ; j’attends ; je suis tout seul dans le petit salon ; il est quatre heures ; il ne pleut plus ou est-ce qu’il pleut encore ? La terre a reçu son plein d’eau, la feuille abreuvée largement respire à l’aise. Et moi, je goûte, sous ce ciel sombre et bon, la componction et la paix que l’on éprouve à avoir pleuré. En face de moi se dresse un mur au faîte inégal, où s’ouvrent trois fenêtres carrées que barrent des bambous de porcelaine. Comme on ajuste sur les papiers diplomatiques la « grille » qui isole les mots vrais, on a appliqué à ce paysage trop large de verdure et d’eau cet écran au triple jour, on l’a réduit au thème et aux répliques d’un triptyque. Le cadre fixe le tableau, les barreaux qui laissent passer le regard m’excluent moi-même, et, mieux qu’une porte fermée de son verrou, m’assurent par dedans. Mon hôte n’arrive pas, je suis seul.


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