Paul Claudel

Connaissance de l'Est, 1907


Portes

Toute porte carrée ouvre moins que ne clôt le vantail qui l’implique.

Plusieurs, d’un pas occulte, ont gagné le solitaire Yamen et cette cour qu’emplit un grand silence ; mais si, ayant gravi les degrés, au moment que leur main suspend un coup sur le tambour offert au visiteur ayant perçu comme une voix assombrie par la distance leur nom (car l’épouse ou le fils de toutes ses forces crie dans l’oreille gauche du mort), ils vainquent une fatale langueur jusqu’à s’éloigner d’un et deux pas des battants que disjoint la désirable fissure, l’âme retrouve son corps ; mais nulle mélodie d’un nom ne ramènera celui qui au travers du seuil sourd a fait le pas irréparable. Et tel est sans doute le lieu que j’habite, alors que, posé sur la dalle plate où cette sombre mare me contient dans son cadre baroque, je goûte l’oubli et le secret du taciturne jardin.

Un ancien souvenir n’a pas plus de détours et de plus étranges passages que le chemin qui, par une suite de cours, de grottes et de corridors, m’a emmené où je suis. L’art de ce lieu restreint est de me dérober, en m’égarant, ses limites. Des murs onduleux qui montent et qui descendent le divisent en compartiments, et, tandis que des cimes d’arbres et des toits de pavillons qu’ils laissent voir ils semblent inviter l’hôte à pénétrer leur secret, renouvelant sous ses pas la surprise avec la déception, ils l’amènent plus loin. Qu’un sage nain, avec son crâne pareil à une panse de gourde ou qu’un couple de cigognes en surmonte le sommet ouvragé, le calice du toit n’ombrage point une salle si déserte qu’un bâton d’encens à demi consumé n’y fume ou qu’une fleur oubliée ne s’y décolore. La Princesse, le Vieillard vient à peine de se lever de ce siège, et l’air vert cèle encore le froissement de l’illustre soie.

Fabuleuse, certes, est mon habitation ! Je vois dans ces murs, dont les faîtes ajourés semblent se dissiper, des bancs de nuages, et ces fantasques fenêtres sont des feuillages confusément aperçus par des échappées ; le vent, laissant de chaque côté des languettes dont le bout se recourbe, tailla dans la brume ces brèches irrégulières. Que je ne cueille point la fleur de l’après-midi à un autre jardin qu’où m’introduit une porte qui a la forme d’un vase, ou d’une feuille, ou d’une gueule par la fumée, ou du soleil qui se couche alors que son disque atteint la ligne de l’eau, et de la lune qui se lève.


Commentaire (s)
Votre commentaire :
Nom : *
eMail : * *
Site Web :
Commentaire * :
pèRE des miséRablEs : *
* Information requise.   * Cette adresse ne sera pas publiée.
 


Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Viаu : «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...»

Vаn Lеrbеrghе : Lа Βаrquе d’оr

☆ ☆ ☆ ☆

Lесоntе dе Lislе : «Ρlus dе nеigеs аuх prés. Lа nуmphе nuе еt bеllе...»

Viаu : «Τоn оrguеil pеut durеr аu plus dеuх оu trоis аns...»

Cоmmеntaires récеnts

De Frаnçоis С. sur «Lе viеrgе, lе vivасе еt lе bеl аuјоurd’hui...» (Μаllаrmé)

De nе mbоmа sur Αprès lа сlаssе (Hаrdу)

De Jасquеs Rоubаud sur «Οn m’а mis аu соllègе (оh ! lеs pаrеnts, с’еst lâсhе !)...» (Νоuvеаu)

De Сеltоmаniаquе sur «Lе miсrоbе : Βоtulinus...» (Τоulеt)

De Stеphеn Βiеnаrmé sur Lе Τоmbеаu dе Сhаrlеs Βаudеlаirе (Μаllаrmé)

De Jаdis sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ρаul-Jеаn sur Βаllаdе [dеs dаmеs du tеmps јаdis] (Villоn)

De X. sur Splееn : «Τоut m’еnnuiе аuјоurd’hui. J’éсаrtе mоn ridеаu...» (Lаfоrguе)

De Lа Μusérаntе sur Αu Саrdinаl Μаzаrin, sur lа Соmédiе dеs mасhinеs (Vоiturе)

De Vinсеnt sur Lа Ρrеmièrе Νuit (Lаfоrguе)

De Сurаrе- sur Lе Μаrtin-pêсhеur (Rеnаrd)

De Сurаrе- sur Sоnnеt sur dеs mоts qui n’оnt pоint dе rimе (Sаint-Αmаnt)

De Liоnеl sur Sоnnеt bоuts-rimés (Gаutiеr)

De Сосhоnfuсius sur À prоpоs d’un « сеntеnаirе » dе Саldеrоn (Vеrlаinе)

De Сосhоnfuсius sur «J’аimе l’аubе аuх piеds nus...» (Sаmаin)

De Сосhоnfuсius sur «Quеl hеur, Αnсhisе, à tоi, quаnd Vénus sur lеs bоrds...» (Jоdеllе)

De Sullу sur «Quаnd је pоuvаis mе plаindrе еn l’аmоurеuх tоurmеnt...» (Dеspоrtеs)

De Jаdis sur Sоnnеt : «Vеnt d’été, tu fаis lеs fеmmеs plus bеllеs...» (Сrоs)

De Jаdis sur Саusеriе (Βаudеlаirе)

De GΑRΟUX Сhristiаnе sur Virgilе (Βrizеuх)

De Rigаult sur Lеs Hirоndеllеs (Εsquirоs)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе