Germain Nouveau

(1851-1920)

 

Germain Nouveau


Le Baiser [IV]


 
Le Baiser de ton rêve
Est celui de l’Amour !
Le jour, le jour se lève,
Clairons, voici le jour !
 
Le Baiser de mon rêve
Est celui de l’Amour !
Enfin, le jour se lève !
Clairons, voici le jour !
 
La caresse royale
Est celle de l’Amour.
Battez la générale,
Battez, battez, tambour !
 
Car l’Amour est horrible
Au gouffre de son jour !
Pour le tir à la cible
Battez, battez, tambour.
 
Sa caresse est féline
Comme le point du jour :
Pour gravir la colline
Battez, battez, tambour !
 
Sa caresse est câline
Comme le flot du jour :
Pour gravir la colline,
Battez, battez, tambour.
 
Sa caresse est énorme
Comme l’éclat du jour :
Pour les rangs que l’on forme,
Battez, battez, tambour !
 
Sa caresse vous touche
Comme l’onde et le feu ;
Pour tirer la cartouche,
Battez, battez un peu.
 
Son baiser vous enlace
Comme l’onde et le feu :
Pour charger la culasse,
Battez, battez un peu.
 
Sa caresse se joue
Comme l’onde et le feu :
Tambour, pour mettre en joue,
Battez, battez un peu.
 
Sa caresse est terrible
Comme l’onde et le feu :
Pour le cœur trop sensible
Battez, battez un peu.
 
Sa caresse est horrible,
Comme l’onde et le feu :
Pour ajuster la cible,
Restez, battez un peu.
 
Cette caresse efface
Tout, sacré nom de Dieu !
Pour viser bien en face,
Battez, battez un peu.
 
Son approche vous glace
Comme ses feux passés :
Pour viser bien en face
              Cessez.
 
Car l’Amour est plus belle
Que son plus bel amour :
Battez pour la gamelle,
Battez, battez, tambour,
 
Toute horriblement belle
Au milieu de sa cour :
Sonnez la boute-selle,
Trompettes de l’Amour !
 
L’arme la plus habile
Est celle de l’Amour :
Pour ma belle, à la ville,
Battez, battez, tambour !
 
Car elle est moins cruelle
Que la clarté du jour :
Sonnez la boute-selle,
Trompettes de l’Amour !
 
L’Amour est plus docile
Que son plus tendre amour :
Pour ma belle, à la ville,
Battez, battez, tambour.
 
Elle est plus difficile
À plier que le jour :
Pour la mauvaise ville,
Battez, battez, tambour.
 
Nul n’est plus difficile
À payer de retour :
Pour la guerre civile,
Battez, battez, tambour.
 
Le Baiser le plus large
Est celui de l’Amour :
Pour l’amour et la charge,
Battez, battez, tambour.
 
Le Baiser le plus tendre
Est celui de l’Amour,
Battez pour vous défendre,
Battez, battez, tambour.
 
Le Baiser le plus chaste
Est celui de l’Amour :
Amis, la terre est vaste,
En avant, le tambour.
 
Le Baiser le plus grave
Est celui de l’Amour :
Battez, pour l’homme brave,
Battez, battez, tambour.
 
Le Baiser qui se fâche
Est celui de l’Amour :
Battez pour l’homme lâche,
Battez, battez, tambour.
 
Le Baiser le plus mâle
Est celui de l’Amour :
Pour le visage pâle
Battez, battez, tambour.
 
La caresse en colère
Est celle de l’Amour :
Car l’Amour, c’est la guerre,
Battez, battez, tambour.
 
Le Baiser qu’on redoute
Est celui de l’Amour :
Pour écarter le doute,
Battez, battez, tambour.
 
L’art de jouir ensemble
Est celui de l’Amour :
Or, mourir lui ressemble :
Battez, battez, tambour.
 
L’art de mourir ensemble
Est celui de l’Amour :
Battez fort pour qui tremble,
Battez, battez, tambour.
 
Le Baiser le plus calme
Est celui de l’Amour :
Car la paix, c’est sa palme,
Battez, battez, tambour.
 
La souffrance, la pire,
Est d’être sans l’Amour :
Battez, pour qu’elle expire,
Battez, battez, tambour.
 
Le Baiser qui délivre
Est celui de l’Amour :
Battez pour qui veut vivre,
Battez, battez, tambour.
 
La caresse éternelle
Est celle de l’Amour :
Battez, la mort est belle,
Battez, battez, tambour.
 
La guerre est la plus large
Des portes de l’Amour :
Pour l’assaut et la charge,
Battez, battez, tambour.
 
La porte la plus sainte
Est celle de la mort :
Pour étouffer la plainte
Battez, battez plus fort.
 
L’atteinte la moins grave
Est celle de la mort :
L’amour est au plus brave,
La Victoire... au plus fort !
 

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