Laurent Tailhade


Les Fleurs d’Ophélie


 

              Sweets to the sveet...
And from her fair and unpolluted flesh
May violets spring !...


 
Fleurs sur fleur ! fleurs d’été, fleurs de printemps ! fleurs blêmes
De novembre épanchant la rancœur des adieux
Et, dans les joncs tressés, les fauves chrysanthèmes ;
 
Les lotus réservés pour la table des dieux ;
Les lys hautains, parmi les touffes d’amarantes,
Dressant avec orgueil leurs thyrses radieux ;
 
Les roses de Noël aux pâleurs transparentes,
Et puis, toutes les fleurs éprises des tombeaux,
Violettes des morts, fougères odorantes,
 
Asphodèles, soleils héraldiques et beaux,
Mandragores criant d’une voix surhumaine
Au pied des gibets noirs que hantent les corbeaux.
 
Fleurs sur fleur ! Effeuillez des fleurs ! Que l’on promène
Des encensoirs fleuris sur le tertre où, là-bas,
Dort Ophélie avec Rowena de Tremaine.
 
Amour ! Amour ! et sur leurs fronts que tu courbas
Fais ruisseler la pourpre extatique des roses,
Pareille au sang joyeux versé dans les combats.
 
Jadis elles chantaient, vierges aux blondeurs roses,
Les Amantes des jours qui ne renaîtront plus,
Sous leurs habits tissus d’ors fins et d’argyroses.
 
Ô lointaine douceur des printemps révolus !
Épanouissement auroral des Idées !
Porte du ciel offerte aux lèvres des élus !
 
Les vierges à présent, mortes ou possédées,
Sont loin ! bien loin ! L’espoir est tombé de nos cœurs,
Telles d’un arbre mort les branches émondées.
 
Et l’Ombre, et les Regrets, et l’Oubli sont vainqueurs.
 
 

*


 
À travers les iris et les joncs, Ophélie
Abandonne son âme aux murmures berceurs
Du fleuve seul témoin de sa mélancolie.
 
Et voici qu’au fond des verdâtres épaisseurs
Tintent confusément des harpes cristallines
Attirantes avec leurs rythmes obsesseurs.
 
L’or diffus du soleil empourpre les collines
Par delà le château d’Elseneur et les tours
Qu’assombrissent déjà les ténèbres félines.
 
La Nuit féline dans sa robe de velours
Berce les eaux, les vals profonds et les ciels mornes
Et des saules noueux estompe les contours.
 
Et les nuages roux du ponant sont des mornes
Où grimpent, lance au poing, d’atroces cavaliers
Éperonnant le vol furieux des licornes.
 
Or la Dame qui rêve aux serments oubliés
Marmonne un virelai très ancien. La démence
Élargit sur son front les deuils multipliés.
 
Fleurs sur fleur ! Des sanglots éteignent sa romance,
Tandis que, les cheveux couronnés de jasmin,
Elle s’incline vers les joncs du fleuve immense.
 
Les Nixes près du bord lui montrent le chemin,
Et, calme, au fil de l’onde en les glauques prairies,
Elle descend avec des bleuets dans la main.
 
Les fleurs palustres sur ses paupières meurtries
Poseront le dictame adoré du sommeil,
Dans des jardins de nacre au sol de pierreries.
 
Sous les porches d’azur où jamais le soleil
Ne dore des galets la candeur ivoirine,
Sous les nymphéas blancs teintés de sang vermeil,
 
Ophélie a fermé ses yeux d’aigue-marine.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 25 novembre 2014 à 14h53

Fin d’Ophélie
--------------

Muse à la voix blême,
Chante tes adieux
Dans les chrysanthèmes.

Chante pour les dieux
Du ciel d’amarante,
Mais pas pour mes yeux.

La nuit transparente
Transforme un tombeau
En chair fulgurante ;

Les astres sont beaux,
La lune est humaine
Autant qu’un corbeau.

Ton coeur se promène
Vers les eaux, là-bas,
Toute une semaine ;

Et je n’y vais pas.


Muse de romance
Cueille je jasmin
Dans le parc immense,

Au bord du chemin,
Au coeur des prairies,
Parfume tes mains

De ces fleurs meurtries ;
Tu n’as pas sommeil,
Chante l’insomnie,

Attends le soleil :
Sainte-Catherine
Te l’offre vermeil,

Ô muse chagrine.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 25 novembre 2014 à 14h58


Retouche (vers la fin) :

"Cueille le jasmin"

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