Rodenbach

Le Règne du Silence, 1891


XVI

 


On aura beau s’abstraire en de calmes maisons,
Couvrir les murs de bon silence aux pâles ganses,
La Vie impérieuse, habile aux manigances,
A des tapotements de doigts sur les cloisons.
 
Dans des chambres sans bruit on aura beau s’enclore,
On aura beau vouloir, comme je le voulais,
Que le miroir pensif soit de nacre incolore,
Un peu de clarté filtre à travers les volets.
 
Et l’on entend toujours la plainte de la Vie !
Car, malgré notre vœu d’exil, nous nous créons
Une âme solidaire et qui s’identifie
Avec la rue en pleurs dans les accordéons.
 
Et peut-on empêcher ses vitres sous la pluie
D’être comme un visage exsangue, couronné
Par des épines d’eau que le vent obstiné
Tresse parmi le verre en pleurs, que nul n’essuie !
 
Vitres pâles, sur qui les rideaux s’échancrant
Sont cause que toujours la Vie est regardée ;
Vitres : cloison lucide et transparent écran
Où la pluie est encor de la douleur dardée.
 
Vitres frêles, toujours complices du dehors,
Où même la musique, au loin, qui persévère,
Se blesse en traversant le mensonge du verre
Et m’apporte sanglants ses rythmes presque morts !
 
Ainsi la Vie encor par les carreaux m’obsède,
Car toutes les douleurs sans nom qu’on oubliait :
Les cloches, le feuillage — éternel inquiet —
La pluie, et jusqu’au cri d’une fleur qui décède,
 
Tout cela qui gémit parmi le soir tombé
Attire mon esprit dans les vitres, doux piège
Où les larmes, les glas, les rayons morts, la neige
Se mêlent dans le verre à l’azur absorbé.
 

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