Mallarmé

Poésies, 1899


Sonnet


 
Ô si chère de loin et proche et blanche, si
Délicieusement toi, Mary, que je songe
À quelque baume rare émané par mensonge
Sur aucun bouquetier de cristal obscurci

Le sais-tu, oui ! pour moi voici des ans, voici
Toujours que ton sourire éblouissant prolonge
La même rose avec son bel été qui plonge
Dans autrefois et puis dans le futur aussi.

Mon cœur qui dans les nuits parfois cherche à s’entendre
Ou de quel dernier mot t’appeler le plus tendre
S’exalte en celui rien que chuchoté de sœur

N’étant, très grand trésor et tête si petite,
Que tu m’enseignes bien toute une autre douceur
Tout bas par le baiser seul dans tes cheveux dite.
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 11 juin 2021 à 19h45


Le bal des nazes
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J’avais peut-être un peu exagéré ; aussi
Dans ce cachot malsain et sombre me morfonds-je.
Et tandis qu’en ces lieux mon séjour se prolonge,
Mon espace vital a beaucoup rétréci.        
       
Sur le sol crapoteux de ma cellule assis,
Pour tromper mon ennui, je déclame du Ponge.
Je bois de l’eau croupie, et chaque jour je ronge
Mélancoliquement un bout de pain rassis.

Et j’attends, n’ayant rien d’autre à faire qu’attendre,
Le jour où l’on viendra me chercher pour me pendre ;
D’ici là, clairement, c’est le menu minceur.

À la longue, un régime aussi modeste irrite ;
Et, m’aurait-on permis une ultime douceur,
J’aurais sans doute opté pour des saucisses-frites.

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