Mallarmé

 ???, 1897


Or

La très vaine divinité universelle sans extérieur ni pompes.

 

Ce refus à trahir quelque éclat doit peut-être cesser, dans le désespoir et si la lumière se fait de dehors : alors les somptuosités pareilles au vaisseau qui enfonce, ne se rend et fête ciel et eau de son incendie.

 

Pas, l’instant venu ostentatoire —

 

Qu’une Banque s’abatte, du vague, du médiocre, du gris.

 

Le numéraire, engin de terrible précision, net aux consciences, perd jusqu’à un sens.

 

Aux fantasmagoriques couchers de soleil quand croulent seuls des nuages, en l’abandon que l’homme leur fait du rêve, une liquéfaction de trésor rampe, rutile à l’horizon : j’y ai la notion de ce que peuvent être des sommes, par cent et au delà, égales à celles dont l’énoncé, dans le réquisitoire, pendant un procès financier, laisse, quant à leurs existences, froid. L’incapacité des chiffres, grandiloquents, à traduire, ici relève d’un cas ; on cherche, avec cet indice que, si un nombre se majore et recule, vers l’improbable, il inscrit plus de zéros : signifiant que son total équivaut spirituellement à rien, presque.

 

Fumée le milliard, hors le temps d’y faire main basse : ou, le manque d’éblouissement voire d’intérêt accuse qu’élire un dieu n’est pas pour le confiner à l’ombre des coffres en fer et des poches.

 

Aucune plainte de ma badauderie déçue par l’effacement de l’or dans les circonstances théâtrales de paraître aveuglant, clair, cynique : à part moi songeant que, sans doute, en raison du défaut de la monnaie à briller abstraitement, le don se produit, chez l’écrivain, d’amonceler la clarté radieuse avec les mots qu’il profère comme ceux de Vérité et de Beauté.


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