Hugo


IX — Les Fredaines du grand-père enfant (1811)

 
 
 
Pepita


 
Comme elle avait la résille,
D’abord la rime hésita.
Ce devait être Inésille... —
Mais non, c’était Pepita.
 
Seize ans. Belle et grande fille... —
(Ici la rime insista :
Rimeur, c’était Inésille.
Rime, c’était Pepita.)
 
Pepita... — Je me rappelle !
Oh ! le doux passé vainqueur,
Tout le passé, pêle-mêle
Revient à flots dans mon cœur ;
 
Mer, ton flux roule et rapporte
Les varechs et les galets.
Mon père avait une escorte ;
Nous habitions un palais ;
 
Dans cette Espagne que j’aime,
Au point du jour, au printemps,
Quand je n’existais pas même,
Pepita — j’avais huit ans —
 
Me disait : — Fils, je me nomme
Pepa ; mon père est marquis. —
Moi, je me croyais un homme,
Étant en pays conquis.
 
Dans sa résille de soie
Pepa mettait des doublons ;
De la flamme et de la joie
Sortaient de ses cheveux blonds.
 
Tout cela, jupe de moire,
Veste de toréador,
Velours bleu, dentelle noire,
Dansait dans un rayon d’or.
 
Et c’était presque une femme
Que Pepita mes amours.
L’indolente avait mon âme
Sous son coude de velours.
 
Je palpitais dans sa chambre
Comme un nid près du faucon,
Elle avait un collier d’ambre,
Un rosier sur son balcon.
 
Tous les jours un vieux qui pleure
Venait demander un sou ;
Un dragon à la même heure
Arrivait je ne sais d’où.
 
Il piaffait sous la croisée,
Tandis que le vieux râlait
De sa vieille voix brisée :
La charité, s’il vous plaît !
 
Et la belle au collier jaune,
Se penchant sur son rosier,
Faisait au pauvre l’aumône
Pour la faire à l’officier.
 
L’un plus fier, l’autre moins sombre,
Ils partaient, le vieux hagard
Emportant un sou dans l’ombre,
Et le dragon un regard.
 
J’étais près de la fenêtre,
Tremblant, trop petit pour voir,
Amoureux sans m’y connaître,
Et bête sans le savoir.
 
Elle disait avec charme :
Marions-nous ! choisissant
Pour amoureux le gendarme
Et pour mari l’innocent.
 
Je disais quelque sottise ;
Pepa répondait : Plus bas !
M’éteignant comme on attise ;
Et, pendant ces doux ébats,
 
Les soldats buvaient des pintes
Et jouaient au domino
Dans les grandes chambres peintes
Du palais Masserano.
 

L'Art d'être grand-père, 1877

Commentaire (s)

Mon florilège

(Tоuriste)

(Les textes et les auteurs que vous aurez notés apparaîtront dans cette zone.)

Compte lecteur

Se connecter

Créer un compte

Agora

Évаluations récеntes
☆ ☆ ☆ ☆ ☆

Соppéе : «J’аdоrе lа bаnliеuе аvес sеs сhаmps еn friсhе...»

Rоllinаt : Lа Ρrièrе du silеnсе

Ρеllеrin : L’Αutоbus ivrе

Vignу : Élоа, оu Lа Sœur dеs Αngеs

Νеlligаn : Сlаir dе lunе intеllесtuеl

Siсаud : Lе Сhеmin dе sаblе

Соrbièrе : Épitаphе

Rеvеrdу : Lеndеmаin

Rеvеrdу : Lа Viе durе

Rеvеrdу : Lа Сlосhе сœur

Klingsоr : Αu јоli јеu dеs fоurbеriеs

Gаutiеr : Ρréfасе

☆ ☆ ☆ ☆

Саrсо : Lаissеz-mоi

Νоuvеаu : Сru

Τоulеt : «Lе sаblе оù nоs pаs оnt сrié...»

Dеlаruе-Μаrdrus : Εrrеmеnts

Frаnс-Νоhаin : Αllеgrо dеs Соаltаrs

Hеrеdiа : L’Épéе

Vеrlаinе : Dédiсасе

Сhаtеаubriаnd : Lе Μоntаgnаrd ехilé

Τоulеt : «Lеs Quаrаntе...»

Rimbаud : Vénus Αnаdуоmènе

Cоmmеntaires récеnts

De Сосhоnfuсius sur Ρеr tе prаеsеntit аruspех (Αpоllinаirе)

De Сосhоnfuсius sur Lа Ρrièrе du silеnсе (Rоllinаt)

De Сосhоnfuсius sur Сlаir dе lunе intеllесtuеl (Νеlligаn)

De Rоzès sur Lе Сhеmin dе sаblе (Siсаud)

De Sеzоr sur «Jе vоudrаis biеn êtrе vеnt quеlquеfоis...» (Durаnt dе lа Βеrgеriе)

De KUΝG Lоuisе sur Villе dе Frаnсе (Régniеr)

De Сurаrе- sur «Épоuvаntаblе Νuit, qui tеs сhеvеuх nоirсis...» (Dеspоrtеs)

De Xi’аn sur Jеhаn Riсtus

De Villеrеу јеаn -pаul sur Détrеssе (Dеubеl)

De ΒооmеrаngΒS sur «Βiеnhеurеuх sоit lе јоur, еt lе mоis, еt l’аnnéе...» (Μаgnу)

De Hаikukа sur «Lе Sоlеil l’аutrе јоur sе mit еntrе nоus dеuх...» (Rоnsаrd)

De Gаrdiеn dеs Суmеs sur Сhаnt dе Νоël (Νоël)

De Сurаrе- sur «Lа mоrt а tоut mоn biеn еt mоn еspоir étеint...» (Αubin dе Μоrеllеs)

De Сurаrе- sur Jоurnаlistе piеuх (Fréсhеttе)

De аunrуz sur Rêvеriе (Lаrguiеr)

De Сhristiаn sur Сrépusсulе dе dimаnсhе d’été (Lаfоrguе)

De Τhundеrbird sur Αgnus Dеi (Vеrlаinе)

De L’hеndéсаpé sуllаbis sur Lа Ρаssаntе (Νеlligаn)

De Сhristiаn sur «Lе сhеmin qui mènе аuх étоilеs...» (Αpоllinаirе)

De Ιо Kаnааn sur Jоуаu mémоriаl (Sеgаlеn)

De Lilith sur «Се fut un Vеndrеdi quе ј’аpеrçus lеs Diеuх...» (Νuуsеmеnt)

Plus de commentaires...

Flux RSS...

Ce site

Présеntаtion

Acсuеil

À prоpos

Cоntact

Signaler une errеur

Un pеtit mоt ?

Sоutien

Fаirе un dоn

Librairiе pоétique en lignе