Du Bellay

Les Regrets, 1558



Je ne te conterai de Bologne et Venise,
De Padoue et Ferrare et de Milan encor,
De Naples, de Florence, et lesquelles sont or
Meilleures pour la guerre ou pour la marchandise.
 
Je te raconterai du siège de l’Église,
Qui fait d’oisiveté son plus riche trésor,
Et qui dessous l’orgueil de trois couronnes d’or
Couve l’ambition, la haine et la feintise :
 
Je te dirai qu’ici le bonheur et malheur,
Le vice, la vertu, le plaisir, la douleur,
La science honorable et l’ignorance abonde.
 
Bref, je dirai qu’ici, comme en ce vieux chaos,
Se trouve, Peletier, confusément enclos
Tout ce qu’on voit de bien et de mal en ce monde.
 

Commentaire (s)
Déposé par Cochonfucius le 9 novembre 2015 à 11h32

Danseur au sabre d’or
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Non, ce sabre n’est pas en cristal de Venise,
Mais en métal doré, alliage dur et fort ;
De me le procurer, je n’eus certes pas tort,
Vous pouvez l’observer, c’est bonne marchandise.

Le père Dupanloup l’a béni, dans l’église ;
Il m’a dit que c’était un unique trésor.
Souvent, vous le savez, cet homme parle d’or,
Et ce qu’il m’en a dit n’est pas une feintise.

Je danse avec mon sabre, et j’oublie le malheur,
Car son noble contact supprime la douleur ;
Je me donne en spectacle, et le public abonde.

Si vous ne savez point vivre dans ce chaos,
Apprenez donc l’adage, en ce poème enclos :
Ayez un sabre d’or, soyez maître du monde.

[Lien vers ce commentaire]

Déposé par Cochonfucius le 3 décembre 2021 à 12h05

Trésor de l’escuiruel
----------

Je suis un fier rongeur, expert en friandises,
J’en ai tout un paquet qui sous la terre dort ;
Mais pour les retrouver, je ne suis pas très fort
Et je tombe, en creusant, sur d’autres marchandises.

Or, je ne m’en plains pas, car j’aime les surprises,
Heureux de voir parfois surgir un lingot d’or ;
D’adorer ce métal, les humains n’ont pas tort,
Mais je ne voudrais point tomber sous son emprise.

Perdre deux ou trois noix, ce n’est pas un malheur,
Car ces modestes fruits sont presque sans valeur,
Surtout quand on connaît des coins où ils abondent.

Enterrer déterrer, certes, c’est du boulot,
Même avec le secours des ouvriers mulots ;
Mais sur de tels efforts ma morale se fonde.

[Lien vers ce commentaire]

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