Baudelaire

Les Fleurs du Mal, 1857


La Géante


 
Du temps que la Nature en sa verve puissante
Concevait chaque jour des enfants monstrueux,
J’eusse aimé vivre auprès d’une jeune géante,
Comme aux pieds d’une reine un chat voluptueux.
 
J’eusse aimé voir son corps fleurir avec son âme
Et grandir librement dans ses terribles jeux ;
Deviner si son cœur couve une sombre flamme
Aux humides brouillards qui nagent dans ses yeux ;
 
Parcourir à loisir ses magnifiques formes ;
Ramper sur le versant de ses genoux énormes,
Et parfois en été, quand les soleils malsains,
 
Lasse, la font s’étendre à travers la campagne,
Dormir nonchalamment à l’ombre de ses seins,
Comme un hameau paisible au pied d’une montagne.
 

Commentaire (s)
Déposé par Jadis le 26 janvier 2020 à 16h49

La Tangente
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Je le confesse, elle est plutôt appétissante,
Et sa chute de reins me rend affectueux.
Mais je crois plus prudent de prendre la tangente :
Miser sur l’avenir serait présomptueux.

Je ne suis ni maraud, ni goujat, ni infâme,
Et ne me crois pas moins qu’un autre courageux,
Mais nous trouverons bien quelque opportun dictame
Pour apaiser nos cœurs à nos prochains adieux.

Il s’en sera fallu de peu que je m’endorme ;
L’extase de la chair souvent nous chloroforme –
Que de sottises l’on dit sur un traversin !

Plutôt que de bâtir des châteaux en Espagne,
Puis boire chaque jour de l’huile de ricin,
J’aime mieux être seul pour sabler le champagne.

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